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Le blog d'Obili

Coco Mbassi, la musique en médium social

15 Septembre 2011, 18:16pm

Dossier réalisé par Ada Bessomo

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Pour peu que l’on y prête quelque attention, on note tout de suite quelle voie est la sienne. Coco Mbassi a trouvé son la voici un bon moment déjà. Le la comme d’aucuns trouveraient leur chemin, leur vocation. Cela lui donne ce chant apprivoisé, apprivoisé pour dire intimiste; ce chant tellement complice de l'oreille qui l'accueille, en même temps, qu’on le sait d’inspiration autrement spirituelle. Il plaît, ce chant, vêtu du coeur des essences qu'il est. Le chant de Coco Mbassi, chant d'appel au banquet des délices qu'on étreint avec le conseil de ne pas oublier l'autre, le créateur.

Depuis son premier pas hors des rangs des choristes, en 1996, la lauréate du prix Découvertes RFI, catégorie Afrique Gilles Obringer, affirme son pas dans la musique d’exigence humaniste, la musique atypique. Deux albums déjà, et le sentiment que, avec elle, les voix de l’âme profonde n’iront plus se commettre seulement avec le prosaïque.

Coco Mbassi a accepté de jouer cette fois encore. Elle a accepté de laisser courir son chant sur des arpents d’enfance précoce et farouchement musicienne. Coco Mbassi, du profane au sacré.

 

 

« Je suis née à Paris en 1969. Mes parents étaient entre l’Europe (France, Grande-Bretagne) où ils faisaient leurs spécialisations et terminaient leurs études.

Je suis retournée au Cameroun à 9 mois puis j’ai vécu à Yaoundé jusqu’à mon départ pour la France en 1983.

 

 coco

Toute mon enfance a été bercée et rythmée par la musique, par les musiques…ambass bey (à Dibombari, village de mon père), les chants protestants a l’église et ceux que ma grand-mère paternelle m’enseignait ; les musiques classiques que mon père affectionnait, notamment Haendel, Beethoven, Mozart, makossa (par la radio et ensuite avec les vinyles que j’écoutais à la radio et avec le tourne-disques que nos parents nous avaient acheté), les musiques folkloriques qui passaient à la radio, les musiques latines, les disques de Bob Marley que mon frère aimait particulièrement, les musiques noires américaines – Isaac Hayes, Shaft, Duke Ellington, Barry White, Otis Redding – un des artistes préférés de ma mère - , Michael Jackson, Les Commodores, Shalimar, etc…

    

 

    

                                                                                                                     

J’avais rencontré Ekambi Brillant qui est le cousin de mon père, et vu des concerts de Tokoto Ashanti, Fela Anikulapo Kuti, Miriam Makeba et même de James Brown.

La prestation de Miriam Makeba (au Capitole???) m’avait bouleversée; elle était la chanteuse préférée de ma mère et la mienne pendant des années.

                                            

 

A cette époque j’étais très réservée et la musique, l’écriture et la lecture intense étaient mes modes d’expression et mes fenêtres vers autre chose.

 

Le seul moment où je sortais de ma coquille, c’était sur la scène du cinéma Abbia, avant les films, lors des concours de chant de Johnny 33.

Je gagnais des t-shirts, de casiers de « jus », et autres lots qu’il y avait à gagner. Je chantais Nana Mouskouri, Françoise Hardy, Claude François etc….autant d’artistes français dont ma mère avait rapporté les 45 tours de France.

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Ma rencontre-clé avec le makossa a été la sortie en 1979 du premier morceau de Dina Bell; je l’ai entendu à la radio un matin avant d’aller à l’école et cette ligne de basse que l’on pouvait (enfin!) chanter et ce timbre nonchalant m’ont ravie.

 

Désormais, je passerais beaucoup de temps devant les baffles de notre chaîne à écouter les moindres détails, et ensuite je passerais également du temps devant le miroir à chanter mes propres compositions, une brosse à la main.

J’enseignais ensuite ces chansons à mes camarades du Collège Bilingue d’Application (CBA) section Anglophone.

 

Eh oui! J’étais une « anglose » dans une ville franco. Une mauvaise expérience avec une bonne sœur de la maternelle de l’école de la retraite avait décidé mon père à m’inscrire quelques années plus tard à l’école internationale de Yaoundé (ISOY) où j’irais passer quatre ans ; puis mon Certificat d’Etudes Primaires en candidat libre avec succès, et une dérogation du ministère de l’Education me permettrait d’entrer en 6ème au CBA à l’âge de …9 ans!

 

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Ces années étaient très agréables…chorale et « ballets » du CBA, études tranquilles, bonnes relations avec mes camarades, quelques coups de fouet par-ci par-là (en général lorsque toute la classe était punie, car j’étais très sage). J’ai passé le BEPC en candidat libre à l’âge de 12 ans (au cas où) et cela s’est avéré très utile car finalement, ma destination européenne ne serait pas Londres mais Paris.

Nous avions déjà de la famille là-bas, donc….

 

Paris… la solitude, études secondaires, pop rock ( The Cure, Duran Duran, Goldman…), Michael Jackson toujours, Stevie Wonder, Prince etc…puis la découverte des musiques du Maghreb, Baccalauréat série D (Biologie, Chimie, Physique) – un vœu de mon père – puis fac de médecine. La rupture avec le système scolaire « traditionnel » a commencé à cette époque. Je me sentais appelée à faire autre chose.

Négociations au sommet…puis réinscription à la fac pour étudier les langues cette fois-ci. J’ai commencé des études de traduction et peu de temps après, des séances de studio et des tournées en tant que choriste avec des artistes.

 

J’ai fait ma première séance de chœurs avec Toto Guillaume qui avait accepté de me laisser faire un essai et qui m’enverrait faire des chœurs pour Jocelyne Beroard quelques années plus tard.

J’ai appris à harmoniser les voix et à entendre la musique lors de ces séances de chœurs avec Toguy. Quelques années plus tard, j’ai également commencé à travailler avec Aladji Toure, puis d’autres arrangeurs.

 

A cette époque le makossa battait son plein; je pouvais faire entre 5 et 10 séances de chœurs par semaine.

J’ai commencé à travailler avec des artistes d’autres pays: Antilles, Côte d’Ivoire etc.

 

J’étais aussi danseuse traditionnelle, avec Sammy Ateba, et danseuse de soukous avec divers groupes congolais.

En travaillant avec Sammy Ateba, j’ai commencé à renouer avec les musiques africaines.

 

Un pied à la fac, l’autre sur scène…posture assez inconfortable…

La fac n’est plus devenue au bout d’un moment qu’un passeport pour avoir le titre de séjour qui me permettait de voyager.

 

De fil en aiguille, par les contacts que j’avais eus en travaillant comme choriste, j’ai entendu parler de la chorale « Les Chérubins », je suis allée à un de leurs concerts et j’ai été très touchée. Georges et Marilou Seba étaient tellement performants et en même temps ouverts et accueillants.

J’ai ensuite visité leur église et je suis devenue chrétienne, non pas par tradition, habitude ou par principe, mais par choix personnel, la décision de vivre le plus possible selon la Bible et de suivre l’exemple de Jésus. J’ai vite découvert que (comme le dit si bien Maya Angelou) être chrétienne signifie savoir que l’on est faible et qu’on ne peut rien accomplir sans Jésus.

 

A travers la chorale, j’ai rencontré Manu Dibango, Sixun, Nicole Croisille, Nino Ferrer, Demis Roussos, Florent Pagny, Dee Dee Bridgewater…et de fil en aiguille, j’ai rencontré des musiciens et des chanteurs qui me « branchaient » quand on leur demandait une choriste.

 

Salif Keita était devenu mon chanteur Africain préféré…et quelques années plus tard j’ai été engagée pour travailler avec lui, puis Touré Kunda, Ray Lema etc…

 

Je composais des chansons sur le magnétophone à quatre pistes d’une amie lorsque je gardais son fils, et j’avais commencé à travailler avec des amis musiciens. J’ai même tenté de monter un groupe vocal à l’époque mais certains des chanteurs avec qui je travaillais n’étaient pas motivés. J’allais souvent au Baiser Salé, un club de jazz Parisien où je faisais le « beuf » avec les musiciens qui y jouaient (Richard Bona, Micho Din (l’arrangeur du tube des années 80 ‘Nen Lambo’, chanté par Bill Loko) avec qui j’ai travaillé longtemps, Francis Lassus, Brice Wassy etc…

A travers ces rencontres j’ai fait de la belle musique avec Richard, Brice et j’ai même travaillé avec Mama Ohandja!

En 1993, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon époux, et très rapidement, nous nous sommes mariés. A travers lui j’ai découvert le be-bop et redécouvert Bach. Quelques années plus tard, un ami chez RFI nous a conseillé d’envoyer des chansons pour le concours des Découvertes, et nous avons envoyé quelques titres, y compris la chanson Muenge Mwa Ndolo, composée par Noël Ekwabi. Je suis ensuite partie me reposer au Cameroun, car j’étais enceinte de 5 mois et un coup de fil nous a appris que j’avais gagné le concours des Découvertes.

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Prix, maquette, tournées, cours de chant au Studio Des Variétés…ce concours m’a ouvert de nombreuses portes et m’a permis d’apprendre la scène, le contact avec le public etc…

 

La suite…vous la connaissez sûrement…las d’attendre des producteurs qui ne se décidaient pas, nous avons produit mon premier album avec un ami guitariste français, Philippe Robert, puis nous avons démarché et trouvé un tourneur et un label en Allemagne avec qui nous avons signé un contrat de licence. Sepia est sorti en Novembre 2001, a gagné le prix allemand des Critiques des Musiques du Monde en 2001, et a été nommé pour les BBC World Music Awards 2002. Ensuite j’ai tourné, tourné, tourné….puis Sisea, produit à deux cette fois-ci (avec mon mari, Serge Ngando Mpondo) et enregistré à 90% à la maison par lui, et encore des tournées…

                               

La musique m’a permis de voir du pays ( Japon, Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, plus de 200 villes en Allemagne, Pays-Bas, Suède, Norvège, Danemark, Slovénie, Macédoine, Estonie, Lituanie, Turquie, Belgique, Mali, Sénégal, Benin, Guinée Bissau, Portugal, Espagne, Italie, Martinique, Guadeloupe, Cuba, Afrique du Sud, Zimbabwe, Malawi, Zambie…)

 

J’ai rencontré des musiciens très talentueux et partagé la scène avec les plus grands. Mon sentiment demeure que les musiques camerounaises ont été, et sont tellement belles et les musiciens camerounais tellement talentueux. En définitive c’est Dieu qui donne et qui a créé la musique. La musique est sacrée, elle guérit, abolit les barrières de langues et les préjugés, apaise, énerve parfois, bouleverse, facilite le recueillement…

Aujourd’hui, j’ai envie de faire de la musique dans l’état d’esprit dans lequel mes ancêtres la faisaient…comme un medium social, un témoin des événements qui rythment nos vies, un moyen de louer Dieu pour Ses bienfaits, une source d’encouragement… tout en vivant de cette même musique, car comme le dit la Bible, « tout ouvrier mérite salaire »… »

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Mongo Beti, ou les conseils à un jeune écrivain

15 Septembre 2011, 18:07pm

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Ouvrage posthume, Africains si vous parliez porte la signature de Mongo Beti. Qu’on ne présente plus. Ou presque, car il est toujours dangereux de présumer de la réputation établie d’un écrivain. La réalité du terrain n’a eu cesse jusqu’à ce jour de nous en convaincre.

En deux mots, rappelons donc que Mongo Beti (1932-2001) reste l’un des écrivains africains les plus sûrs et les prolixes de sa génération.

 

Originaire du Cameroun, Mongo Beti se signale en 1954 avec Ville cruelle[1] (sous le pseudonyme d’Eza Boto, chez Présence Africaine). Dès lors, le jeune écrivain ne s’arrêtera plus. C’est à son amour de l’écriture jamais démenti que nous lui devons Le pauvre Christ de Bomba (1956), Mission terminée (1957, prix Sainte-Beuve), Le Roi miraculé (1958), Perpétue ou l’habitude du malheur (1974), Remember Ruben (1974), La ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979), Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1982), La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), L’histoire du fou (1994), Trop de soleil tue l’amour (1999), Branle-bas en noir et blanc (2000) en matière de roman.

Car l’homme fut aussi essayiste : Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation[2] (1972), Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort deRuben Um Nyobé (1986), La France contre l’Afrique. Retour au Cameroun (1993) demeurent ses principales productions dans le genre.

Ce sont là merveilleuses et terribles procréations d’un intellectuel à l’idée fixe : dénoncer les abus de tout système oppressif, assassin, avilissant, aliénant, qu’il eut pour dénomination colonialisme, néo-colonialisme, impérialisme, dictature ou autre. Devoir ou mission qui ne va pas sans son corollaire, le rétablissement de la dignité humaine. Celle africaine en particulier, car la plus bafouée, depuis toujours.

Dans cette veine, le natif d’Akometan comprit très tôt la nécessité de se doter d’un porte-voix, d’une caisse de résonance, d’un amplificateur autrement efficace. C’est à quoi sa revue bimestrielle Peuples Noirs-Peuples Africains doit le jour.

Combat multiforme ? Pas précisément. Moyens, instruments de lutte diversifiés, plutôt.

Africains si vous parliez se présente donc comme une œuvre-bilan. Une œuvre-synthèse, une œuvre-arrêt sur image. C’est un recueil de textes, ces articles que Mongo Beti et ses collaborateurs, en tête desquels se placera éternellement sa compagne de toujours Odile Tobner, n’ont eu cesse de produire depuis 1978, date de naissance de la revue. Classés chronologiquement, les articles sélectionnés sont regroupés en six rubriques, qui vont de « Malheur aux peuples sans voix ! » à « L’exil et le retour » en passant par « Les médias et les intellectuels », « Francophonie, piège à cons », « Afrique, pompe à fric », « Dialogues avec le maître blanc ».

                                                      MongoBeti

Articles fort remuants, incisifs, instructifs, dérangeants, captivants à la vérité. Prenons celui-ci par exemple : « Conseils à un jeune écrivain francophone ou les quatre paradoxes de la francophonie ordinaire ». Plus qu’un article, il s’agit en réalité d’un discours que Mongo Beti prononça en avril 1981, à l’Université de Claramount en Californie.

Mais l’essentiel est ailleurs, dans ce que l’auteur nous dit de la destinée de l’écrivain francophone ordinaire. Que nous dit-il alors ?

« En premier lieu, (…) entraîne-toi à ne jamais traiter ce qui te tient le plus à cœur »[3].

Mais pourquoi ? Parce qu’on dénie à tout écrivain africain francophone d’évoquer dans ses œuvres tout ce qui a trait à son environnement mental ou existentiel. « Quel est le sujet qui brûle la plume d’un créateur africain francophone-en l’occurrence d’un romancier ? Eh bien, les drames traversés par son peuple ces dernières années. Drames terrifiants s’il en fut »[4] Or, voici que l’establishment intellectuel occidental et ses sous-fifres africains en charge des questions de production culturelles dressent partout où besoin est et de façon insidieuse des tabous thématiques.

Mais encore ?

« En deuxième lieu, je fis la confidence que voici à mon jeune interlocuteur pétri d’illusions : Ne t’attends point à être fêté, surtout si tu viens de publier »[5]

Car seuls sont au rendez-vous les boycotts des médias, la fuite des éditeurs et la présence discrète ou non des policiers, question de vous intimider. Point d’article dans les revues spécialisées, à moins d’avoir quelques accointances avec les habitués du sérail. Dur métier, indiscutablement.

« En troisième lieu(…) : Attends-toi à être le jeune écrivain africain, quel que soit ton âge.

En effet, les critiques de la francophonie, c’est-à-dire les critiques français, semblent ne pas savoir quoi faire de l’écrivain confirmé. C’est que tout se tient. Un peuple mineur peut-il avoir des écrivains majeurs ? Non, bien sûr. Ce serait une situation contraire à tous les principes du cartésianisme. Or, comme vous le savez, les peuples africains sont à jamais mineurs. »

Ce propos, malheureusement, repose sur une expérience vécue.

« Il y aura bientôt trente ans que je publie. Pourtant quand un média daigne m’envoyer un interviewer (cela arrive parfois quand même, sans garantie d’ailleurs de publication ou de programmation de l’interview ; il n’y a donc aucune contradiction avec ce que je disais en commençant), c’est comme par hasard toujours un très jeune homme, ou une très jeune femme, peu ou même point informés des problèmes de notre littérature. La conversation est si fastidieuse, les questions de mon interviewer si sottes que l’écoeurement ne tarde pas à me saisir. Me voici donc bien vite obligé de déclarer forfait et de renvoyer mon visiteur. » [6]

Enfin : « Attends-toi à mendier ta reconnaissance en tant que créateur auprès de ceux-là mêmes qui sont tes ennemis naturels »[7]

Mais pourquoi donc ?

« Nous sommes en effet toujours à demander aux éditeurs de l’ancien colonisateur de nous publier, à ses bibliothèques de nous inscrire sur ses fichiers, à ses libraires de vendre nos livres, à ses agents d’assurer notre promotion, à ses professeurs d’expliquer nos œuvres jusqu’en Afrique même, et surtout à ses critiques et à ses journaux de nous faire connaître en nous consacrant des articles, des recensions. Quel écrivain africain francophone n’a rêvé d’un article, fût-il un modeste écho, dans le Supplément Littéraire du Monde, le journal français le plus influent aussi bien en France qu’en Afrique ! Personnellement, je préfère me passer de ce privilège, que je tiens pour une faveur extrêmement compromettante ».

Mais encore ?

« Toute communauté qui ne s’est pas dotée d’institutions littéraires qui lui appartiennent en propre, qu’elle soit en mesure de contrôler à l’exclusion de tiers étrangers si bienveillants soient-ils, doit s’attendre à ce que ses écrivains se mettent d’une façon ou d’une autre au service d’organisations mieux pourvues, certes, mais en dernière analyse hostiles. Dans ce domaine-là, comme dans les autres, il n’y a pas de miracle »[8].

A bon écrivain africain francophone entendeur, salut !



[1] 1951 : publication de sa première nouvelle, Sans haine et sans amour, dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop

[2] A sa sortie, aux éditions François Maspéro, l’ouvrage est interdit par un arrêté du ministre de l’Intérieur français, Raymond Marcellin, sur la demande (suscitée par Jacques Foccart) du gouvernement camerounais.

[3] Beti (M), Africains si vous parliez, Paris, Homnisphères, 2005, p.111

[4] Id., ibid., p.111

[5] Id., ibid., p.113

[6] Id., ibid., p.115

[7] Id., ibid., p.116

[8] Id., ibid., p.116

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LE DEALER D’ IVOIRE.

2 Septembre 2011, 22:18pm

Pour Aminata et tous les autres.

 

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                            Ne m’attends pas. Ne m’attends plus jamais, d’ailleurs. Il est midi et je t’écris de cette gêole où les caïmans côtoient les hyènes.  J’ai vraiment cru, au début, que j’étais l’objet d’hallucinations. J’ai cru qu’on m’avait drogué, jeté dans  un de ces comas où nul n’est jamais tout à fait inconscient, néanmoins. Je me disais moi aussi, que des caïmans parmi des hyènes, c’était incroyable, c’était impossible. Voilà pourquoi j’ai cru halluciner d’abord. Je dois te dire que dans ces cellules où nous suspendons aux vices aux virus nos vies nos pensées s’affolent très souvent. Elles débloquent, s’emballent plus que nos corps.

 

Ce qui m’intrigue tout de même je vais te le dire, entre nous. C’est que nous faisons tous le même rêve entre minuit et trois heures du matin. C’est l’heure où les caïmans et les hyènes sont entraînés loin de notre pénitencier. L’heure où ils ont faim, où l’on les sépare pour qu’il n’y ait pas ce carnage généralisé de l’année dernière. Les uns s’étaient jetés sur les autres, les ont déchirés le long des murs de la prison.

  crocodile

J’ai noté que plusieurs prisonniers paraissent alors soulagés et plus gais que d’ordinaire. Nous avons très souvent l’impression que les portes de la prison restent grandes ouvertes, qu’aucun maton n’est plus à son poste, et même que cette prison d’où je t’écris est un mauvais rêve, quand les caïmans et hyènes sont loin de nos murs. Un cauchemar qui s’est évanoui. Quand ils sont partis, il me semble souvent que nous seuls l’avions inventée dans nos têtes, cette prison, en regardant le ciel si bleu que nous en avons eu envie de le rougir un peu, pour l’emmerder, en nous transformant les uns les autres en caïmans et hyènes. Pourquoi, personne  n’a pu dire aux autres ici ce qu’il en sait. Personne. En tout cas dans notre rêve, commun, la nuit, un éléphant chenu s’arrache la défense gauche et la tend au directeur de la prison.

 

Le directeur est pris de panique, il se met à hurler, appelle au secours sa famille, qui jamais n’arrive, il court hurlant se cacher dans son bureau en nage, arme là-bas un fusil d’assaut dernier modèle et sort tirer en l’air des heures durant, voyant peut-être que l’éléphant a disparu entre-temps.

 

Ada Bessomo

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