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Le blog d'Obili

YEELEN, MUSIQUE MILITANTE

14 Avril 2010, 12:42pm

Publié par obili.over-blog.com

    yeelen[1]"Ils veulent tous qu’on soit Américains, impolis comme 50 cent !" Les jeunes musiciens burkinabé de Yeelen ont peut-être mis le doigt sur la difficulté pour certains d’apprécier le RAP africain, très souvent réduit au décalque caricatural des tendances nord-américaines et européennes.

 

   Rythm And Poetry. Le RAP est d’abord affaire de rythme et de poésie. Ou peut-être est-ce dans ces rythme et poésie que se retrouvent et son sens premier, et son sort ultime. Et l’observateur pourrait bien des fois s’étonner de ne pas pouvoir situer l’apport d’originalité des jeunes rappeurs d’Afrique noire. Exception faite des écoles sénégalaises et guinéennes, pour lesquelles la scansion et même l’instrumentation se sont imprégnées les techniques artistiques de l’Afrique ancienne. Plutôt que de promouvoir au grand jour les nuances bien réelles et nombreuses entre les univers urbains, dans lesquels s’épanouissent la presque totalité des expériences de rap africain, la séduction des modes et modèles venus des Etats-Unis opère davantage comme une assignation des rappeurs africains au mimétisme intégral. Mimétisme plus accusé chez les rappeurs de l’Afrique noire francophone, quand l’horizon des banlieues françaises, dégaine et accents compris, s’invite en patron presque despotique des interrogations nées sur le continent noir.  

 

   Le groupe burkinabé Yeelen est un procureur implacable du mouvement rap en Afrique noire d’expression française. Un excellent modèle pour les villes d’Afrique centrale, davantage mobilisées par le pastiche pauvre de France, des Etats-Unis et des textes bien éloignés de quelque impact sur leur environnement, très souvent même insipides ces textes.

 

   Si les jeunes Burkinabé nous ont séduit à ce point, c’est qu’ils nous semblent avoir compris, plus que tant d’autres, le profit possible du rap adopté, ou réinventé par les cultures africaines. Les cultures artistiques nées dans les villes des Etats-Unis, quand elles l’ont été du fait des Africains-Américains, se fondent aussi par cette acclimatation forcée à des absences, à des manques d’instruments, d’outils, déportation « originelle » oblige. Et tout le sel de la vitalité des créations nées sur les terres de Sitting Bull réside là, dans cette perpétuelle inventivité, qui paraît ne jamais renoncer au patrimoine, même très tenu, conservé de l’Afrique. Le flow du RAP n’a pas encore pu éclipser de l’esprit la scansion de certains diseurs de mvett, de Xaxar ou de Bakk. Les jeunes Sénégalais le démontrent à la perfection.

 

   Yeelen emprunte des voies parallèles au Hip-Hop américain. Il dit bien que le RAP est fille des villes en Afrique. Que le RAP est rythmes divers et entraînants, que l’Afrique pourrait en faire un lieu de rencontres rythmiques très vivifiantes. Kora et élégie dans un même mouvement par exemple. Quelle fraîcheur ! Et puis que le RAP est poésie, c’est-à-dire manière d’habiter le monde, invite à la diversité donc, à la fréquentation des urgences politiques et sociales de la société qui le produit ! La recherche obsédée de la rime, dans les textes français, pourrait un jour ouvrir le chemin au vers libre, à l’assonance heureuse, au regard vraiment autochtone, autonome des jeunes mouvements urbains de culture hip-hop.

 

Ada Bessomo

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