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Le blog d'Obili

Régine Mfoumou traduit Olaudah Equiano

10 Mai 2010, 16:37pm

Publié par Ngoura

 

Olaudah Equiano, l'esclave devenu modèle d'intégration en captivité, lui collerait presque à la peau. Pour son plus grand plaisir, sans doute. Régine Mfoumou  a traduit l'autobiographie de celui qu'on appellait aussi Gustavus Vassa l'Africain. Paru en 2008 aux éditions Mercure de France, après une première publication aux éditions l'Harmattan en 2002, ce livre nousMfoumou a permis de la rencontrer, en 2004.

  

v     Olaudah Equiano, c'est d'abord un travail de traduction, de l'anglais au français. Est-ce votre origine camerounaise qui vous a poussé aux études de langue anglaise?

 

Non. J’ai poursuivi des études de langue anglaise un peu par hasard, car j’ai en réalité obtenu un baccalauréat de comptabilité (G2). Toutefois, je dois souligner que j’ai toujours été très motivée et intéressée par l’étude des langues étrangères (je parle un peu l’allemand et j’avais commencé l’apprentissage du japonais que j’ai abandonné par manque de temps).

 

Pour revenir au début de votre question, en effet, Olaudah Equiano c’est avant tout un récit d’esclave écrit en anglais au 18e siècle et dont il manquait une version française fiable. Avant ma traduction, il en existe une qui présente malheureusement de nombreuses omissions et lacunes, car elle n’est basée sur aucun texte original connu à la date de sa parution. J’ai donc examiné cette première traduction de très près, puis j’ai envisagé de fournir une traduction plus complète avec des annotations qui peuvent être utiles à tous ceux qui s’intéressent aux récits d’esclaves en général et à Equiano en particulier. En bref, il ne s’agit pas seulement d’un travail de traduction, car le plus important à mes yeux c’est de permettre au lecteur d’avoir une bonne compréhension d’Olaudah Equiano à travers le récit de sa vie.

 

v     Quand et comment Paris, où vous grandissez, vous apporte-t-il l'histoire d'Olaudah?

 

Une fois de plus, c’est le fait du hasard : pendant mes études pré-doctorales, j’effectue de nombreux jobs, stages, etc. Lors d’un de ces stages aux Editions Dapper, en 1997, on me donne une édition anglaise de The Interesting Narrative  d’Equiano Olaudah à lire afin d’en faire une fiche de lecture et traduire le premier chapitre. Je suis tant émue par le texte que je vais le relire une deuxième fois quelques mois plus tard, car, à la fin de mon stage, la directrice des Editions Dapper m’avait offert cet ouvrage ainsi que d’autres.

 

Après l’obtention de mon DEA, je souhaite me lancer dans une thèse de civilisation américaine, ce qui était normalement la continuité de mes études précédentes, mais je ne trouve aucun directeur de recherches prêt à m’accueillir, mon sujet étant jugé trop actuel (il s’agissait de la situation économique des Afro-américains dans les années 1990). J’envisage donc de changer de sujet sans grande conviction, et j’arrive à convaincre le professeur Serge Soupel, spécialiste en littérature anglaise du 18e siècle et traducteur, en préparant une présentation de mon projet doctoral. C’est ainsi que, grâce à ce cher professeur, que je ne remercierai jamais assez pour avoir pris le temps de m’écouter et de me donner la chance de m’exprimer, j’ai pu faire du livre d’Olaudah Equiano la base de ma thèse soutenue en décembre 2001. Et la traduction qui a été publiée en 2002 est en fait la première partie de ce travail d’étude.    

 

 

v     Existe-t-il des différences de contexte entre la France et l'Angleterre au moment où Olaudah prend l'essor social qu'on connaît Outre-Manche?

 

Le contexte dans lequel Equiano évolue représente, d’un point de vue historique, un tournant fondamental pour la littérature. C’est le 18e siècle, le Siècle des Lumières. Bien évidemment, il existe des différences entre la France et l’Angleterre durant cette période, notamment en ce qui concerne la question de l’esclavage, car les mouvements abolitionnistes anglais prennent de plus en plus d’ampleur, certains Noirs, comme Equiano, sont désormais écoutés et deviennent populaires. On Imagine mal un ancien esclave affranchi présenter une pétition au Roi de France à cette époque comme le fit Equiano devant la Reine Charlotte en 1788.

 

De plus, lorsqu’on considère la France et ses colonies, contrairement au dur combat « isolé » que mène Toussaint Louverture, par exemple, qui se bat pour l’abolition de l’esclavage, on constate que, Outre-Manche, le mouvement abolitionniste est fortement établi et organisé, telle une véritable institution. Ce qu’on peut dire c’est que l’Angleterre avait de l’avance sur la France concernant cette question et c’est pour cette raison que les Noirs libres pouvaient également trouver des opportunités d’évoluer socialement. Equiano a eu cette occasion et il l’a saisie ! Il n’est pas le seul puisque d’autres Africains peuvent être cités : Ignatius Sancho, Cugoano Ottobah, etc.

 

 

v     Vous avez traduit des livres de fiction, ce travail sur la langue, l'imaginaire plus précisément, ferait-il de vous un écrivain en sommeil?

 

Il est vrai que le livre fait partie de ma vie. J’aime lire même si je ne trouve plus beaucoup de temps pour le faire comme dans le passé ; j’adore aussi traduire et écrire. Je ne crois pas être un écrivain en sommeil, car j’écris depuis longtemps : j’ai deux romans non achevés et un autre que j’ai co-écrit avec un écrivain qui vit aux Etats-Unis. Le problème est que je n’ai pas encore eu le temps de terminer tous ces projets entamés en 1999. En effet, entre la thèse de doctorat qui m’a pris quatre ans, deux enfants nés depuis cette date et mes autres activités (je suis professeur d’anglais), je dois faire des choix. J’espère bien finaliser un roman qui me tient particulièrement à cœur avant la fin de cette année, car il traite de croyances africaines à travers l’expérience d’un homme qui se découvre un don spirituel exceptionnel... je n’en dirai pas plus pour l’instant.

 

 

v     La réédition d'Olaudah est à l'ordre du jour, pour l'Afrique...

 

En effet, une version abrégée de la traduction précédente devrait être publiée avant le mois de juin 2005. Elle est expressément moins condensée, moins annotée, réécrite pour faciliter sa lecture. Certes, mon idée première est de toucher le lectorat africain, mais cette version s’adresse également à tous les francophones de France et d’ailleurs qui ne recherchent rien d’autre que le récit simple d’une expérience humaine exceptionnelle.

 

Propos recueillis par Ada Bessomo

 

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