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Le blog d'Obili

Le Panthéon pour Pierre Claver Zeng

26 Mai 2010, 13:26pm

pierre claver zeng'
 
 
" J'ai chargé mon corps de plumes,
 
De peaux et de kaolin

 
Pour mieux danser aujourd'hui


Et si parfois pusillanime
 
J'ai caché ce beau costume

Je ne l'ai jamais oublié

Car ce soir au pas de danse
 
Qui croisera les genoux
 
Dans ces flammes misanthropiques

Qui déciment sans recul et sans amour

Il serait de très bonne guerre
 
Qu'on nous laisse au moins danser sans histoire

Car demain au grand matin

Devant le tabernacle magique
 
Des contrats nous chanterons

 

 

Oh massa laissez-nous au moins danser

 
 
 
Ce soir je laisse le chant des autres

Pour revivre mon histoire

Avec les mots de chez moi

J'ai perdu dans ces batailles

Tout ce que j'avais chez moi

Il ne me reste plus que danser
 
Car ce soir, à moins que je crève
 
Je vais chanter sans souffler
 
Sur les flammes sur les eaux
 
Chez les morts, chez les vivants peu m'importe
 
Je le ferai mes frères et moi
 
Avec nos femmes et nos enfants sans ambages
 
Car demain, au grand matin
 
Devant le tabernacle magique des contrats nous pleurerons
 
Oh massa, laissez-nous au moins rêver
 
(...)"

Ce chant de P.C. Zeng, ''Massa'', me révèla à la musique, à la parole, à la mystique des souffles. Aux dangers qui environnent la vocation d'artiste.

J'avais sept ans. Ebolowa. Epoque suspendue à l'écologie fiévreuse de ce sud noceur par les mots de Zeng, ses rythmes imités des sortilèges les plus hypnotiques;  Zeng, que je revois, vingt-cinq ans, sur pochette de trente-trois tours, sourire sans apprêt, polo vert et jeans, racé, après la maison dite du cycle, avant la place de l'indépendance.

C'était Ebolowa quatre-vingts. Années menteuses déjà. Qui étions-nous, dans ce bourg à peine ville? Un corps peut-être, cette ville tanière, organisé en jets d'or et d'ombres que mon musicien favori savait, lui seul,éclairer, célébrer.

Zeng était le musicien de la ville. Tity Edima et Marthe Zambo n'ont jamais eu à s'en formaliser outre mesure, que je sache. Qui n'aurait donné chemise et âme pour entendre chanter '' Edima'' chez moi? Edima, le miracle en langue fang-beti. Edima, le nom que l'on donne pour se passer de tout commentaire ensuite, à propos de celui ou celle qui le porte.
 
Mais, il y eut d'abord pour moi cette langue, française, qui s'éloignait déjà de France, de tout d'ailleurs, tant rêves et danses faisaient peine à voir autour de moi, dans cette ville, Ebolowa. Plutôt: la langue de Zeng disait les tourments d'une terre, terre mienne, célébrait  ses projets qui n'étaient pas, ne pouvaient être affaires de Paris, ni même celles de Libreville -sur-Seine ou Yaoundé-sur-Rhin.
 
Pierre Claver Zeng cette nuit a été accueilli à Libreville, ainsi qu'on entre au Panthéon de son peuple. Rodrigue Ndong Ndong, homme de lettres gabonais, m'enverra de Libreville ces mots par téléphone, écrits à une heure et trente-quatre minutes du matin:" Tata, nuit de veille indescriptible pour le grand esprit Ebome ! Un immense cortège depuis l'aéroport jusqu'au stade sur des dizaines de kilomètres. Que de monde! Pas moins de dix diseurs de mvett ! De nombreuses chorales, les artistes, musique passée en boucle...du jamais vu! Que d'émotion..."

 

Que rêver d'autre pour toi, Zeng, affectueusement appelé Nzeng par ceux de l'Estuaire, que ce panthéon formé de millions d'oreilles que tu as éveillées à l'attention des perdrix, à la confidence du tambour messager, au verbe pudique du diseur de mvett, à la place si troublante, si nue, de l'homme parmi les siens?

 

Bonne route à toi, Zeng Ebome !

 

Ada Bessomo

 

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