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Le blog d'Obili

EMANE OBIANG: la poésie en sanctuaire (2)

21 Avril 2010, 17:20pm

Publié par obili.over-blog.com

Emane

Cela m’a permis de travailler la formule et de me rendre compte qu’elle pouvait être complexifiée à l’envi. C’est ainsi que je peux dire aujourd’hui que tout roman africain est un roman qui met en scène un personnage qui hésite, balance entre plusieurs systèmes de valeurs. Certains romans peuvent traduire ce schéma de façon matérielle, et là on parlera d’un itinéraire spatial. Mais il peut aussi s’agir d’une façon spirituelle, et le cheminement sera spirituel. Souvent les deux peuvent s’interpénétrer et même coïncider, mais souvent aussi en fonction de la virtuosité des écrivains il peut avoir des décalages qui donnent des effets appréciables. Autrement, tout roman négro-africain, malgré la volonté des écrivains de biaiser avec cette trame narrative, permet de comprendre ces différentes transformations du roman.

 

- Mongo Beti

 

» Mongo Beti, longtemps un mythe, longtemps un texte ou plusieurs textes. Des textes de prise de conscience, des textes qui nous ont révélés à nous-mêmes, mais surtout dans mon cas des textes qui m’ont révélé à ma tradition fang. Et puis au fur et à mesure, un jour j’ai la chance d’être invité à Lille, par le Fest’Africa de Lille. Mongo Beti, une rencontre. Et là, la confirmation d’un homme qui est fidèle à ses convictions, un homme qui m’invite à le rejoindre au Cameroun pour la présentation de mon livre L’enfant des masques. Mais je n’ai pas l’occasion, malheureusement, de le faire, mais je me réjouis de le rencontrer pour relancer l’invitation, puisque nous sommes réunis dans un ouvrage collectif autour des villes, quand j’apprends son décès. Un décès brutal, mais en même temps je sais qu’un relais avait été fait par des gens comme moi, Jean-Roger Essomba et d’autres qui avons assuré et devons assurer le relais.

 

- Péronnelle

 

» Péronnelle est d’abord un acte de reconnaissance vis-à-vis d’un texte de théâtre que j’écris en une journée, et qui me permet, encore en manuscrit, d’être admis en résidence d’écriture à la maison des auteurs du festival international des Francophonies à Limoges. Un moment très important. Je ne me sens pas homme de théâtre. Je l’ai toujours dit, je suis d’abord un nouvelliste, je suis d’abord un conteur, mais cette expérience, vraiment une expérience, a été l’occasion de travailler mon écriture et de me rendre compte que malgré les coquetteries actuelles des écrivains, un genre, ça signifie quand même quelque chose. On n’écrit pas une pièce de théâtre comme on écrit un roman, une nouvelle. C’est absolument faux.

 

Une pièce de théâtre est appelée à répondre à deux critères : elle est appelée à être appréciée différemment, à être vue par un public. Il y a dans une pièce une relation particulière avec la scène; elle est appelée à être transformée par un metteur en scène. Une pièce de théâtre ne s’écrit pas comme on écrit une nouvelle. Je l’ai vraiment su, je l’ai vécu, puisque lorsque j’écrivais Péronnelle, je l’ai soumise à des spécialistes du théâtre. Il y a eu près de huit lectures. J’ai vraiment voulu remercier chacun d’eux. Des gens comme Maxime Ndébéka qui a fait une lecture incroyable. Je pense que Péronnelle aurait été une jeune femme certes un peu vive, un peu espiègle, mais un peu difforme. Grâce à eux Péronnelle se tient. J’ai commencé par huit actes qu’on a réduits en trois actes, tout en en conservant la vie.

 

Péronnelle est donc d’abord un acte de reconnaissance vis-à-vis de Beaumarchais qui m’offre la bourse et une expérience d’écriture particulière.

 

- La poésie

 

» La poésie pour moi se confond avec moi-même. Elle est peut-être l’aspect le plus intime, le plus sincère de Ludovic Obiang et en même temps celui que je voudrais le plus confidentiel. Je suis d'abord et fondamentalement poète. J’écris des poésies depuis déjà très longtemps. J’ai un recueil de poésies que je travaille, La leçon des choses, recueil autobiographique qui reprend les trois grandes étapes de ma vie, que je voudrais les trois grandes étapes de ma vie, avec une poésie première, celle de mes erreurs de jeunesse ; puis une poésie maîtresse, centrale, où je m’affirme comme homme et une poésie supérieure où je dialogue avec le mystique.

 

Ma poésie est extrêmement confidentielle et insiste sur des aspects, sur tous les plans de ma vie, sur moi-même, sur mon invitation au voyage, mes retrouvailles avec ma culture profonde, les choses les plus fantaisistes ou les plus fabuleuses, comme par exemple le voyage sur Mars, la vie extra-terrestre, etc. C’est vraiment un dialogue avec mon moi intérieur, qui pour moi est extrêmement fécond et représente pour moi mon jardin le plus secret, le lieu, le sanctuaire où je vais toujours me ressourcer. La poésie est donc le soubassement de ma vie.

 

Propos recueillis par Ada Bessomo.

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