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Le blog d'Obili

LE DEALER D’ IVOIRE.

2 Septembre 2011, 22:18pm

Pour Aminata et tous les autres.

 

 paysage12 case

 

                            Ne m’attends pas. Ne m’attends plus jamais, d’ailleurs. Il est midi et je t’écris de cette gêole où les caïmans côtoient les hyènes.  J’ai vraiment cru, au début, que j’étais l’objet d’hallucinations. J’ai cru qu’on m’avait drogué, jeté dans  un de ces comas où nul n’est jamais tout à fait inconscient, néanmoins. Je me disais moi aussi, que des caïmans parmi des hyènes, c’était incroyable, c’était impossible. Voilà pourquoi j’ai cru halluciner d’abord. Je dois te dire que dans ces cellules où nous suspendons aux vices aux virus nos vies nos pensées s’affolent très souvent. Elles débloquent, s’emballent plus que nos corps.

 

Ce qui m’intrigue tout de même je vais te le dire, entre nous. C’est que nous faisons tous le même rêve entre minuit et trois heures du matin. C’est l’heure où les caïmans et les hyènes sont entraînés loin de notre pénitencier. L’heure où ils ont faim, où l’on les sépare pour qu’il n’y ait pas ce carnage généralisé de l’année dernière. Les uns s’étaient jetés sur les autres, les ont déchirés le long des murs de la prison.

  crocodile

J’ai noté que plusieurs prisonniers paraissent alors soulagés et plus gais que d’ordinaire. Nous avons très souvent l’impression que les portes de la prison restent grandes ouvertes, qu’aucun maton n’est plus à son poste, et même que cette prison d’où je t’écris est un mauvais rêve, quand les caïmans et hyènes sont loin de nos murs. Un cauchemar qui s’est évanoui. Quand ils sont partis, il me semble souvent que nous seuls l’avions inventée dans nos têtes, cette prison, en regardant le ciel si bleu que nous en avons eu envie de le rougir un peu, pour l’emmerder, en nous transformant les uns les autres en caïmans et hyènes. Pourquoi, personne  n’a pu dire aux autres ici ce qu’il en sait. Personne. En tout cas dans notre rêve, commun, la nuit, un éléphant chenu s’arrache la défense gauche et la tend au directeur de la prison.

 

Le directeur est pris de panique, il se met à hurler, appelle au secours sa famille, qui jamais n’arrive, il court hurlant se cacher dans son bureau en nage, arme là-bas un fusil d’assaut dernier modèle et sort tirer en l’air des heures durant, voyant peut-être que l’éléphant a disparu entre-temps.

 

Ada Bessomo

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