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Le blog d'Obili

EMANE OBIANG : la poésie en sanctuaire

16 Avril 2010, 14:45pm

Publié par obili.over-blog.com

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    Ludovic Emane Obiang, auteur du recueil de nouvelles, L’enfant des masques, et de la pièce de théâtre Péronnelle, est un auteur vraiment à part. Sa démarche intellectuelle, comme l’œuvre qu’il bâtit et qui l’exprime, s’éloigne fort des sentiers battus de l’industrie du livre ou de la réflexion sur l’Afrique. Emane Obiang est enseignant de littérature à Libreville, au Gabon. Plusieurs fois invité du Festival Fest’Africa de Lille, il en a chaque fois saisi l’occasion pour dire sa vision du monde. Un monde qu’il assimile volontiers à ce qu’on sait le moins de lui : la poésie, qu’il respire plus que tout autre chose.

 

PARTIE I

 

- Le recueil L’enfant des masques

 

    «  L’enfant des masques : un itinéraire, une quête : la quête de moi-même,la quête de mes origines, la quête d’un traumatisme, le retour à un équilibre qui m’a longtemps manqué et qui passe par un retour aux valeurs essentielles de la tradition fang. Voici L’enfant des masques. C’est un itinéraire, un itinéraire en cinq étapes, avec chacune sa particularité, sa spécificité. Avec chacune aussi un prisme et surtout une prise. L’enfant des masques est la construction d’une utopie, celle d’une vie, celle d’une communauté.

 

    Ce que chuchote la mangrove, qui est la nouvelle centrale, est un retour, peut-être une façon de revisiter la crise parentale de mon village.

 

    Comment se quittent les tourterelles, exprime une volonté d’exorciser la peur qui nous habite malgré la qualité de l’environnement et de la forêt.

 

    La casa del señor Engomo est un vol plané au-dessus du crime et de la souillure.

 

   Et enfin Biang Mekè, normalement la nouvelle éponyme, est la quête d’une tisane, la conscience d’une maladie profonde aussi bien de moi-même que de l’Afrique, et donc la volonté de réparer le traumatisme, de soigner la pathologie par un retour à la tradition dans ce qu’elle a de plus digne. 

 

- La formation universitaire

 

     »  J’ai aussi écrit une thèse, qui était importante pour moi, et que je voudrais importante pour toute la communauté africaine, parce qu’elle s’intitule «  Les enfants terribles ». C'est toute une poétique générale de la littérature et du roman négro-africain en particulier. C’était un acte de bravoure, parce qu’on parle de moins en moins aujourd’hui de littérature négro africaine. On parle de littératures nationales, on parle de littérature créole, de littérature américaine, négro-américaine, mais on ne parle plus de littérature négro-africaine dans son ensemble.

 

    Pour cela, j’ai brassé à peu près 500 œuvres. J’ai brassé cinq continents. Et cela a été perçu de façon extrêmement hostile par l’élite française ou africaniste, parce qu’il y avait là, effectivement, comme une rupture, surtout comme une revendication de cette identité. J’avoue qu’il y avait un arrière-plan idéologique assez important. Mais cela n’empêche pas qu’il existait une base scientifique, c’est-à-dire que pour moi, j’ai étudié les questions d’identité. Je sais que ce qui façonne, ce qui fonde une identité, c’est la recherche de critères. J’ai voulu rechercher ces critères, les construire, et cela de manière scientifique.

 

    Pour cela, j’ai essayé de me dépouiller quand même de ma subjectivité et j’ai interrogé les œuvres. J’en ai interrogé cinq cents. En particulier, j’ai pris un corpus de départ, qui était le corpus francophone subsaharien, et je me suis aperçu que revenait toujours un schéma narratif récurrent, constant, un invariant- que j’ai appelé schéma narratif cyclique et polémique. Il consiste, d’une façon d’abord caricaturale, en ce qu’un héros quitte son village, généralement pour la ville, dans laquelle il connaît une transformation intérieure extrêmement profonde souvent, mais doit revenir à un moment donné. C’est le retour aux sources. Ce retour aux sources peut se lire de différentes façons, sous différents modes, le mode de la réconciliation ou celui de la profanation, et donc de l’exclusion.

 

Propos recueilis par Ada Bessomo

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