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Le blog d'Obili

Afrique, Pillage à huis clos : prions ensemble

29 Avril 2010, 17:38pm

Publié par obili.over-blog.com

   pillage

    Sur les bancs propres de l’église de mon ancien quartier, là-bas dans un faubourg populaire de Yaoundé, la capitale du Cameroun, nous parlions le latin. Chaque dimanche, le curé de la paroisse, le très saint père Jean l’Oiseau disait : « Dominus vobiscum » et nous répondions en cœur « Et cum tiéré tutuuuu… ». Je trouvais la phrase très amusante…  «  Et cum tiéré tutuuuuuuuu ». C’est connu, c’est l’enfant qui prie en riant, aurait dit le regretté Cyril Effala peut-être…

 

   L’âge m’a appris que Monsieur l’abbé nous prédisait : « le seigneur soit avec vous » et nous, les fidèles, assis sur les bancs immaculés de la paroisse, nous lui répondions : « Et avec votre esprit », en latin « Et cum spiritu tuo ». J’ai également appris avec l’âge que je vivais dans un continent mal parti et que mon pays était pauvre et très endetté. Comment pouvait-on être pauvre et très endetté ? Cette question n’a cessé de me turlupiner l’esprit, puisque c’est connu, on ne prête qu’aux riches. L’Afrique devait donc bien être riche de quelque chose.

 

   On peut être riche de tout, essayons-nous à une petite énumération facile. Riche d’idées, riche de matières premières, riche de cupidité, riche d’imbécillité, riches de prières, riche de pleurs, riche de regrets…Nous le constatons, cette énumération vire au tableau de lamentations. Et si les Africains étaient riches de leurs incessantes lamentations ? Je disais tantôt que nous parlions le latin à la messe du dimanche, dans l’église blanche de mon ancien quartier à Yaoundé. Nous parlions le latin sans le comprendre et cela nous amusait beaucoup. Nous étions de grands enfants joyeux.

 

   Ce que nous ne comprenions pas nous amusait beaucoup, car nous priions alors. L’âge a grandi, le temps s’est écoulé et nous prions toujours. Deux faits me conduisent à cette conclusion heureuse pour la foi et bien malheureuse pour l’espérance de vie. Notez qu’espérance de vie et foi vont bien ensemble, une foi grande s’accommode bien des caprices de l’espérance de vie.

 

   En une après-midi ensoleillée, un ami dont l’espérance de vie se dirigeait à vive allure vers un mur en béton armé héla en toute confiance un dignitaire africain de notre république démocratique. Mon ami apprit le mal qui le rongeait à l’autre qui lui répondit : « il faut prier… ». J’ai revu l’image de mon ami dans son aparté furtif avec le dignitaire démocratique au détour d’une page  du livre que je lisais jusqu’alors avec  nonchalance. En découvrant les nombreuses pages fortement documentées de l’ouvrage écrit par Xavier Harel, un journaliste « spécialiste de l’Afrique et des questions pétrolières », je pensais alors, encore un « afro quelque chose » perdant son temps dans des élucubrations tropicales. Seulement, dans un chapitre titré « Les disparus du Beach », un passage attira toute mon attention. L’auteur rapportait quelques phrases distillées par un avocat dans les oreilles d’une mère en peine, ayant perdu son mari ou son fils dans des circonstances pour le moins suspectes. « Il faut beaucoup prier, madame, et vous en remettre aux mains de Dieu. »

 

   Comme atteint d’une exaltation foudroyante, je repris la lecture de l’ouvrage avec bien plus d’attention et me plongeais avec gourmandise dans «  Le roman trouble des relations entre les anciennes métropoles et les nouvelles capitales pétrolières du continent… » Selon la définition que l’auteur donne de son livre paru aux éditions Fayard. Xavier Harel, l’auteur de ce livre de moins de trois cents pages,  a écrit le roman d’une prière. Une prière qui a le mérite de ne pas être dite en latin, une prière qui n’invite surtout pas aux lamentations, une prière qui révèle des pratiques surprenantes, menées avec intelligence, l’intelligence des pyromanes.

 

   C’est le roman de Denis Gokana, un Congolais docteur en physique, pétrolier créateur de sociétés off-shore spécialisées dans la vente à perte – pour qui ? – et   la revente à profit – pour qui ? - du pétrole brazzavillois; c’est le roman de Jean-François Ndengue et sa « nuit de Ndengue »; c’est le roman des préfinancements, une technique d’exploitation très brillante, création du « génie français ».  « Le mécanisme consiste à accorder ou à garantir un prêt à un Etat producteur de pétrole en s’assurant des droits sur les barils encore enfouis. Un système extrêmement lucratif pour ses principaux bénéficiaires – Elf et les dirigeants africains – mais ruineux pour les Etats… », C’est le roman des « gouvernements qui ont besoin de cash tout de suite. ». Afrique : Pillage à huis clos, est un roman d’investigations à poser entre toutes les bonnes mains. Une prière à méditer.

 

 

  Man Ekang

 

 

 

Afrique

Pillage à huis clos

Xavier Harel

Paru chez Fayard

19 €

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