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Le blog d'Obili

Saisons

18 Janvier 2017, 16:29pm

Publié par Ada Bessomo

Tant de cailloux
sont devenus étoiles
Tant de pierres
sont devenues baumes
Tant de crimes...
ont été pardonnés
Tant de déshonneurs
ont sauvé des dignités

Tant de chrysalides
sont devenues papillons
Tant d'années passeront
faisant place à meilleures
saisons qu'elles

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Peur sur la paix

18 Novembre 2011, 14:22pm

molloolinga

 

Jean-Marie Mollo Olinga*. Avant, pendant et après la dernière élection présidentielle au Cameroun, jamais vocable n’avait autant servi à la manipulation des foules par des politiciens en mal d’arguments programmatiques.

 

09 octobre 2011. Quartier Mvog-Ebanda de Yaoundé. C’est jour de l’élection présidentielle au Cameroun. Un quinquagénaire accompagne sa maman au bureau de vote du collège Saint Augustin, où elle va accomplir son devoir citoyen.

Visiblement, la vieille femme ne sait ni lire ni écrire. Dans la cour du collège, le fils et la mère échangent :


-          Tu apprécies encore la saveur du manioc, non ? demande le premier.
-          Oui, bien sûr !
-          Est-ce que tu aimerais que, pour les quelques jours qui te restent encore à vivre, on vienne te ôter ton morceau de manioc de la bouche ?
-          Noooon, jamais, jamais !
-          Alors, si tu veux continuer à manger paisiblement ton morceau de manioc, vote Paul Biya, parce que les autres-là, que tu ne connais d’ailleurs pas, ne veulent qu’une chose, t’empêcher de manger tranquillement ; ils ne vont nous apporter que des troubles, du désordre… Tu connais bien Paul Biya, non ?
-          Et comment ! Je le connais bien, je le vois tout le temps à la télévision.

Existe-t-il meilleur artifice pour semer les germes de troubles en cas d’alternance à la tête du pays ?
Entendue comme situation d’un pays qui n’est pas en guerre, comme état de concorde, d’accord entre les membres d’une nation, ou bien comme état de quiétude, de tranquillité exempte de bruit, d’agitation, de désordre ou encore comme sérénité de l’esprit (Larousse 2008), la paix, au Cameroun, n’est ni le fait d’un individu, ni celui d’un parti politique, fût-il au pouvoir depuis 29 ans. La paix, chez nous, est le fait du peuple camerounais. D’ailleurs, chaque fois que le président Paul Biya en parle, ce n’est jamais pour en revendiquer la paternité ; il s’attache, le plus souvent, dans ses discours, pour ne pas dire toujours, à en démontrer les bienfaits. A contrario, les militants de son parti, le Rdpc, ont récupéré cet état de fait, pour en tirer parti à des fins détournées.

Car, lorsqu’il arrive au pouvoir en 1982, Paul Biya hérite d’Ahmadou Ahidjo un pays entièrement pacifié. A l’époque, on ne parle même pas de coupeurs de route, de braquages de banques, encore moins de prises en otage de villes par des bandits. Les mouvements de revendication de l’indépendance véritable du Cameroun (dont les porteurs sont ignominieusement baptisés « maquisards ») ont été éradiqués dans le sang, certes, mais ils étaient déjà loin, très loin dans le passé, le dernier résistant, Ernest Ouandjié, ayant été exécuté publiquement à Bafoussam le 15 janvier 1971.

Depuis peu, le Rdpc et ses militants usent et abusent de l’argument fallacieux de la paix et de la stabilité, qu’ils agitent souvent pour apeurer le peuple camerounais, comme si cette paix - en réalité, la paix des cimetières - et cette stabilité émanaient d’eux. Non ! Si la paix existe dans notre pays, c’est grâce aux Camerounais eux-mêmes. Si le parti au pouvoir depuis bientôt 30 ans doit revendiquer un quelconque état de paix au Cameroun, il est en droit de revendiquer la paix armée observable à chaque sortie du chef de l’Etat. Les patrouilles de sa garde prétorienne tiennent, à l’occasion, en respect, le peuple, en dirigeant les canons de ses armes de guerre contre lui. Les journées de sa prestation de serment à l’Assemblée nationale (le 03 novembre) et de la célébration œcuménique à la cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé (le 04 novembre) sont là pour le rappeler à souhait. Tenez ! En février 2008, lorsque des gamins ont pris sur eux de manifester contre la modification constitutionnelle, manifestation qualifiée sans gêne « d’émeutes de la faim », le président de la République et du Rdpc a sorti l’unité d’élite de l’armée camerounaise, pour tuer ces jeunes Camerounais aux mains nues. Et beaucoup en sont morts. Dans d’autres pays, nous voyons, avec beaucoup d’admiration, comment ces types de mouvements sont contenus. A Awaé, une Ecole internationale de sécurité (Eiforces), créée par le chef de l’Etat, forme au maintien de la paix. A l’Ecole nationale d’administration de Yaoundé, des séminaires ont déjà été organisés à l’intention des forces de l’ordre et d’autres décideurs pour encadrer les mouvements de foule. Parce qu’on ne tire pas à balles réelles sur ses enfants, par ailleurs considérés comme le fer de lance de la nation : on discute avec eux.

Parlant toujours de la paix que le Rdpc et ses militants revendiquent comme s’il s’agissait d’un programme politique, y a-t-il meilleur moyen de la mettre à l’épreuve comme en 1994, lorsqu’une double baisse des salaires, soit 66%, a été ordonnée par le président Biya ? Double baisse des salaires qui a appauvri les Camerounais jusqu’à la misère, pour certains. A l’époque, on avait brandi l’argument de la lutte contre la crise. Crise due, en partie, à la mal gouvernance, à la mauvaise gestion des entreprises et du pays par des cadres du Rdpc. Au même moment, et pas très loin de nous, un pays de niveau de développement égal au nôtre, à savoir la Côte d’Ivoire, qui vivait les mêmes affres de la crise économique du début des années 90, n’avait pas touché aux salaires de ses citoyens. Alors, question : dans quel autre pays au monde peut-on endurer une telle forfaiture sans broncher, sinon au Cameroun ? La paix en 1994 était donc le fait du peuple camerounais. Car on n’est véritablement en paix dans un pays que lorsque les besoins élémentaires de son peuple sont satisfaits : pouvoir manger, se vêtir, se loger, envoyer ses enfants à l’école, se soigner ; et dans une société comme la nôtre, pouvoir apporter assistance à ses proches dans le besoin. A titre de rappel, dans les années quatre-vingts, le Cameroun se vantait, et à juste titre, d’être autosuffisant sur le plan alimentaire. Aujourd’hui, dans notre pays, que ne peut-on faire d’un individu, simplement parce qu’on lui donne à manger ?

Toujours dans les années 90, des contrats de performance avaient été signés entre l’Etat du Cameroun et des entreprises à liquider ou à restructurer. A la suite de ces contrats, des milliers de Camerounais avaient perdu leurs emplois, compromettant la vie, les études et l’avenir de bon nombre de leurs enfants. Jusqu’aujourd’hui, soit 20 à 23 ans plus tard, les compressés des sociétés d’Etat des années 90 réclament encore leur dû. Et les grands types du Rdpc narguent même ces Camerounais, dont beaucoup, malades et incapables de se soigner, d’un âge avancé, ont pour seul mode d’expression, le sit-in devant le ministère des Finances ou les services du Premier ministre. Ces grands types du Rdpc disent même, à propos de la prime de reconversion décidée par le président de la République, qu’elle n’est pas fondée sur un texte de droit. Les aides que le président avait décrétées après les inondations au Nord du pays, les catastrophes des lacs Nyos et Monoun et autres l’étaient-elles ? Pourquoi les victimes des catastrophes naturelles doivent-elles bénéficier des réparations et pas celles des catastrophes économiques provoquées par la mauvaise gestion du système Rdpc ? Y a-t-il, une fois de plus, meilleure façon de provoquer un peuple ? Là aussi, les Camerounais ont résisté et résistent encore à la tentation du désordre, parce qu’ils ont la paix vissée au corps. Ce surtout qu’avec l’arrogance qui les caractérise, ces grands types du Rdpc demandent à quoi ces compressés vont-ils se reconvertir à 70 ans passés, car tel est l’âge de nombre d’entre eux aujourd’hui. Ce faisant, ils oublient sciemment qu’il y a 20 ans, ils n’en avaient que 50, et qu’ils étaient alors en pleine possession de leurs moyens physiques et intellectuels. Ils ont décidé de ne pas payer leur dû à ces Camerounais de 70 ans, l’argent de leur sueur, parce qu’ils ne peuvent plus se reconvertir, pensent-ils. Mais, soit dit en passant, nous venons de confier à un homme de 79 ans sept ans de gestion supplémentaire de notre pays. Y a-t-il pire provocation qu’après avoir fait travailler quelqu’un pendant des années, on le licencie sans lui payer ses droits, tous ses droits ?

Toujours dans le registre de cette paix mise régulièrement à rude épreuve par ceux qui veulent en accaparer la paternité, le cas des huissiers de justice en attente de charge. Certains ont dépassé l’âge de la retraite, sans jamais avoir travaillé. Ils vivent d’expédients, alors que dans les départements, dans les arrondissements du pays, il y a des charges à créer pour ces jeunes en quête de travail. Ils attendent depuis 20 ans ! N’y a-t-il pas meilleure manière de provoquer un jeune que de lui refuser du travail, dans un corps de métier où il y a des postes à pourvoir ? Que dire de ces instituteurs qui quémandent leur intégration ? De ces étudiants obligés de se mettre en grève pour que leurs thèses de doctorat soient programmées ? De ces ex-employés des Impôts qui mendient leur paie ? De ces épargnants de la Poste dont l’argent a fondu dans d’autres poches ? Y a-t-il autre manière de mettre quelqu’un à bout ? Non ! Les Camerounais ont toujours su résister.
Sinon, comment justifier que des compatriotes aient accepté, pacifiquement, de voir leurs maisons détruites dans certaines villes du Cameroun, sans que, en amont, l’on se soit jamais soucié de savoir où ces êtres humains allaient désormais passer leurs nuits. Des vies ont ainsi été anéanties à Ntaba, à la Briqueterie, à Tongolo, à Tsinga, pour ne parler que de Yaoundé, où des Camerounais, pères et mères d’enfants en bas âge, parfois en période de rentrée scolaire, ont été réduits à dormir à la belle étoile, sous le soleil et sous la pluie, sans broncher.

En 1964, Mgr Albert Ndogmo, parlant justement de la paix lors de son sacre comme évêque de Nkongsamba, disait : « Il importe que chacun de nous, face au problème de la paix, se pose les trois questions essentielles suivantes. Qu’est-ce que la paix au juste ? A quelles conditions la paix s’installe-t-elle chez un peuple et dans le monde ? Qui donne la paix authentique ? La paix, nous dit un philosophe grec, Platon, est la tranquillité dans l’ordre. La paix est le fruit mûr qu’on cueille de l’ordre. L’ordre de quoi ? L’ordre de la vie humaine fondée sur quatre conditions : la Vérité, la Justice, la Liberté et l’Amour. Je ne m’étendrai pas dans l’explication de ces quatre éléments, mais chacun comprend que la paix ne saurait régner dans un monde où l’on se trompe mutuellement, où l’on respire le mensonge, où nos propos sonnent faux : chacun de nous a droit à la vérité. » Et de poursuivre : « Chacun de nous comprend aisément que la paix ne saurait s’installer dans un monde où l’on ne respecte pas la justice : à chacun son dû dans la justice commutative, à chacun la place de ses compétences dans la justice distributive, à chacun le sort qui lui revient dans la justice légale (…) Vérité, Justice, Liberté et Amour. Voilà les quatre piliers sur lesquels repose solidement la paix authentique. »

                                                                                                                                                                                                 *Journaliste.

                                                                                                                                                                                            Source : Le jour

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Coco Mbassi, la musique en médium social

15 Septembre 2011, 18:16pm

Dossier réalisé par Ada Bessomo

 cococ8

Pour peu que l’on y prête quelque attention, on note tout de suite quelle voie est la sienne. Coco Mbassi a trouvé son la voici un bon moment déjà. Le la comme d’aucuns trouveraient leur chemin, leur vocation. Cela lui donne ce chant apprivoisé, apprivoisé pour dire intimiste; ce chant tellement complice de l'oreille qui l'accueille, en même temps, qu’on le sait d’inspiration autrement spirituelle. Il plaît, ce chant, vêtu du coeur des essences qu'il est. Le chant de Coco Mbassi, chant d'appel au banquet des délices qu'on étreint avec le conseil de ne pas oublier l'autre, le créateur.

Depuis son premier pas hors des rangs des choristes, en 1996, la lauréate du prix Découvertes RFI, catégorie Afrique Gilles Obringer, affirme son pas dans la musique d’exigence humaniste, la musique atypique. Deux albums déjà, et le sentiment que, avec elle, les voix de l’âme profonde n’iront plus se commettre seulement avec le prosaïque.

Coco Mbassi a accepté de jouer cette fois encore. Elle a accepté de laisser courir son chant sur des arpents d’enfance précoce et farouchement musicienne. Coco Mbassi, du profane au sacré.

 

 

« Je suis née à Paris en 1969. Mes parents étaient entre l’Europe (France, Grande-Bretagne) où ils faisaient leurs spécialisations et terminaient leurs études.

Je suis retournée au Cameroun à 9 mois puis j’ai vécu à Yaoundé jusqu’à mon départ pour la France en 1983.

 

 coco

Toute mon enfance a été bercée et rythmée par la musique, par les musiques…ambass bey (à Dibombari, village de mon père), les chants protestants a l’église et ceux que ma grand-mère paternelle m’enseignait ; les musiques classiques que mon père affectionnait, notamment Haendel, Beethoven, Mozart, makossa (par la radio et ensuite avec les vinyles que j’écoutais à la radio et avec le tourne-disques que nos parents nous avaient acheté), les musiques folkloriques qui passaient à la radio, les musiques latines, les disques de Bob Marley que mon frère aimait particulièrement, les musiques noires américaines – Isaac Hayes, Shaft, Duke Ellington, Barry White, Otis Redding – un des artistes préférés de ma mère - , Michael Jackson, Les Commodores, Shalimar, etc…

    

 

    

                                                                                                                     

J’avais rencontré Ekambi Brillant qui est le cousin de mon père, et vu des concerts de Tokoto Ashanti, Fela Anikulapo Kuti, Miriam Makeba et même de James Brown.

La prestation de Miriam Makeba (au Capitole???) m’avait bouleversée; elle était la chanteuse préférée de ma mère et la mienne pendant des années.

                                            

 

A cette époque j’étais très réservée et la musique, l’écriture et la lecture intense étaient mes modes d’expression et mes fenêtres vers autre chose.

 

Le seul moment où je sortais de ma coquille, c’était sur la scène du cinéma Abbia, avant les films, lors des concours de chant de Johnny 33.

Je gagnais des t-shirts, de casiers de « jus », et autres lots qu’il y avait à gagner. Je chantais Nana Mouskouri, Françoise Hardy, Claude François etc….autant d’artistes français dont ma mère avait rapporté les 45 tours de France.

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Ma rencontre-clé avec le makossa a été la sortie en 1979 du premier morceau de Dina Bell; je l’ai entendu à la radio un matin avant d’aller à l’école et cette ligne de basse que l’on pouvait (enfin!) chanter et ce timbre nonchalant m’ont ravie.

 

Désormais, je passerais beaucoup de temps devant les baffles de notre chaîne à écouter les moindres détails, et ensuite je passerais également du temps devant le miroir à chanter mes propres compositions, une brosse à la main.

J’enseignais ensuite ces chansons à mes camarades du Collège Bilingue d’Application (CBA) section Anglophone.

 

Eh oui! J’étais une « anglose » dans une ville franco. Une mauvaise expérience avec une bonne sœur de la maternelle de l’école de la retraite avait décidé mon père à m’inscrire quelques années plus tard à l’école internationale de Yaoundé (ISOY) où j’irais passer quatre ans ; puis mon Certificat d’Etudes Primaires en candidat libre avec succès, et une dérogation du ministère de l’Education me permettrait d’entrer en 6ème au CBA à l’âge de …9 ans!

 

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Ces années étaient très agréables…chorale et « ballets » du CBA, études tranquilles, bonnes relations avec mes camarades, quelques coups de fouet par-ci par-là (en général lorsque toute la classe était punie, car j’étais très sage). J’ai passé le BEPC en candidat libre à l’âge de 12 ans (au cas où) et cela s’est avéré très utile car finalement, ma destination européenne ne serait pas Londres mais Paris.

Nous avions déjà de la famille là-bas, donc….

 

Paris… la solitude, études secondaires, pop rock ( The Cure, Duran Duran, Goldman…), Michael Jackson toujours, Stevie Wonder, Prince etc…puis la découverte des musiques du Maghreb, Baccalauréat série D (Biologie, Chimie, Physique) – un vœu de mon père – puis fac de médecine. La rupture avec le système scolaire « traditionnel » a commencé à cette époque. Je me sentais appelée à faire autre chose.

Négociations au sommet…puis réinscription à la fac pour étudier les langues cette fois-ci. J’ai commencé des études de traduction et peu de temps après, des séances de studio et des tournées en tant que choriste avec des artistes.

 

J’ai fait ma première séance de chœurs avec Toto Guillaume qui avait accepté de me laisser faire un essai et qui m’enverrait faire des chœurs pour Jocelyne Beroard quelques années plus tard.

J’ai appris à harmoniser les voix et à entendre la musique lors de ces séances de chœurs avec Toguy. Quelques années plus tard, j’ai également commencé à travailler avec Aladji Toure, puis d’autres arrangeurs.

 

A cette époque le makossa battait son plein; je pouvais faire entre 5 et 10 séances de chœurs par semaine.

J’ai commencé à travailler avec des artistes d’autres pays: Antilles, Côte d’Ivoire etc.

 

J’étais aussi danseuse traditionnelle, avec Sammy Ateba, et danseuse de soukous avec divers groupes congolais.

En travaillant avec Sammy Ateba, j’ai commencé à renouer avec les musiques africaines.

 

Un pied à la fac, l’autre sur scène…posture assez inconfortable…

La fac n’est plus devenue au bout d’un moment qu’un passeport pour avoir le titre de séjour qui me permettait de voyager.

 

De fil en aiguille, par les contacts que j’avais eus en travaillant comme choriste, j’ai entendu parler de la chorale « Les Chérubins », je suis allée à un de leurs concerts et j’ai été très touchée. Georges et Marilou Seba étaient tellement performants et en même temps ouverts et accueillants.

J’ai ensuite visité leur église et je suis devenue chrétienne, non pas par tradition, habitude ou par principe, mais par choix personnel, la décision de vivre le plus possible selon la Bible et de suivre l’exemple de Jésus. J’ai vite découvert que (comme le dit si bien Maya Angelou) être chrétienne signifie savoir que l’on est faible et qu’on ne peut rien accomplir sans Jésus.

 

A travers la chorale, j’ai rencontré Manu Dibango, Sixun, Nicole Croisille, Nino Ferrer, Demis Roussos, Florent Pagny, Dee Dee Bridgewater…et de fil en aiguille, j’ai rencontré des musiciens et des chanteurs qui me « branchaient » quand on leur demandait une choriste.

 

Salif Keita était devenu mon chanteur Africain préféré…et quelques années plus tard j’ai été engagée pour travailler avec lui, puis Touré Kunda, Ray Lema etc…

 

Je composais des chansons sur le magnétophone à quatre pistes d’une amie lorsque je gardais son fils, et j’avais commencé à travailler avec des amis musiciens. J’ai même tenté de monter un groupe vocal à l’époque mais certains des chanteurs avec qui je travaillais n’étaient pas motivés. J’allais souvent au Baiser Salé, un club de jazz Parisien où je faisais le « beuf » avec les musiciens qui y jouaient (Richard Bona, Micho Din (l’arrangeur du tube des années 80 ‘Nen Lambo’, chanté par Bill Loko) avec qui j’ai travaillé longtemps, Francis Lassus, Brice Wassy etc…

A travers ces rencontres j’ai fait de la belle musique avec Richard, Brice et j’ai même travaillé avec Mama Ohandja!

En 1993, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon époux, et très rapidement, nous nous sommes mariés. A travers lui j’ai découvert le be-bop et redécouvert Bach. Quelques années plus tard, un ami chez RFI nous a conseillé d’envoyer des chansons pour le concours des Découvertes, et nous avons envoyé quelques titres, y compris la chanson Muenge Mwa Ndolo, composée par Noël Ekwabi. Je suis ensuite partie me reposer au Cameroun, car j’étais enceinte de 5 mois et un coup de fil nous a appris que j’avais gagné le concours des Découvertes.

         ccoc6                                 

 

Prix, maquette, tournées, cours de chant au Studio Des Variétés…ce concours m’a ouvert de nombreuses portes et m’a permis d’apprendre la scène, le contact avec le public etc…

 

La suite…vous la connaissez sûrement…las d’attendre des producteurs qui ne se décidaient pas, nous avons produit mon premier album avec un ami guitariste français, Philippe Robert, puis nous avons démarché et trouvé un tourneur et un label en Allemagne avec qui nous avons signé un contrat de licence. Sepia est sorti en Novembre 2001, a gagné le prix allemand des Critiques des Musiques du Monde en 2001, et a été nommé pour les BBC World Music Awards 2002. Ensuite j’ai tourné, tourné, tourné….puis Sisea, produit à deux cette fois-ci (avec mon mari, Serge Ngando Mpondo) et enregistré à 90% à la maison par lui, et encore des tournées…

                               

La musique m’a permis de voir du pays ( Japon, Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, plus de 200 villes en Allemagne, Pays-Bas, Suède, Norvège, Danemark, Slovénie, Macédoine, Estonie, Lituanie, Turquie, Belgique, Mali, Sénégal, Benin, Guinée Bissau, Portugal, Espagne, Italie, Martinique, Guadeloupe, Cuba, Afrique du Sud, Zimbabwe, Malawi, Zambie…)

 

J’ai rencontré des musiciens très talentueux et partagé la scène avec les plus grands. Mon sentiment demeure que les musiques camerounaises ont été, et sont tellement belles et les musiciens camerounais tellement talentueux. En définitive c’est Dieu qui donne et qui a créé la musique. La musique est sacrée, elle guérit, abolit les barrières de langues et les préjugés, apaise, énerve parfois, bouleverse, facilite le recueillement…

Aujourd’hui, j’ai envie de faire de la musique dans l’état d’esprit dans lequel mes ancêtres la faisaient…comme un medium social, un témoin des événements qui rythment nos vies, un moyen de louer Dieu pour Ses bienfaits, une source d’encouragement… tout en vivant de cette même musique, car comme le dit la Bible, « tout ouvrier mérite salaire »… »

 coco3

 

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Mongo Beti, ou les conseils à un jeune écrivain

15 Septembre 2011, 18:07pm

 africainssi 

Ouvrage posthume, Africains si vous parliez porte la signature de Mongo Beti. Qu’on ne présente plus. Ou presque, car il est toujours dangereux de présumer de la réputation établie d’un écrivain. La réalité du terrain n’a eu cesse jusqu’à ce jour de nous en convaincre.

En deux mots, rappelons donc que Mongo Beti (1932-2001) reste l’un des écrivains africains les plus sûrs et les prolixes de sa génération.

 

Originaire du Cameroun, Mongo Beti se signale en 1954 avec Ville cruelle[1] (sous le pseudonyme d’Eza Boto, chez Présence Africaine). Dès lors, le jeune écrivain ne s’arrêtera plus. C’est à son amour de l’écriture jamais démenti que nous lui devons Le pauvre Christ de Bomba (1956), Mission terminée (1957, prix Sainte-Beuve), Le Roi miraculé (1958), Perpétue ou l’habitude du malheur (1974), Remember Ruben (1974), La ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979), Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama futur camionneur (1982), La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984), L’histoire du fou (1994), Trop de soleil tue l’amour (1999), Branle-bas en noir et blanc (2000) en matière de roman.

Car l’homme fut aussi essayiste : Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation[2] (1972), Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort deRuben Um Nyobé (1986), La France contre l’Afrique. Retour au Cameroun (1993) demeurent ses principales productions dans le genre.

Ce sont là merveilleuses et terribles procréations d’un intellectuel à l’idée fixe : dénoncer les abus de tout système oppressif, assassin, avilissant, aliénant, qu’il eut pour dénomination colonialisme, néo-colonialisme, impérialisme, dictature ou autre. Devoir ou mission qui ne va pas sans son corollaire, le rétablissement de la dignité humaine. Celle africaine en particulier, car la plus bafouée, depuis toujours.

Dans cette veine, le natif d’Akometan comprit très tôt la nécessité de se doter d’un porte-voix, d’une caisse de résonance, d’un amplificateur autrement efficace. C’est à quoi sa revue bimestrielle Peuples Noirs-Peuples Africains doit le jour.

Combat multiforme ? Pas précisément. Moyens, instruments de lutte diversifiés, plutôt.

Africains si vous parliez se présente donc comme une œuvre-bilan. Une œuvre-synthèse, une œuvre-arrêt sur image. C’est un recueil de textes, ces articles que Mongo Beti et ses collaborateurs, en tête desquels se placera éternellement sa compagne de toujours Odile Tobner, n’ont eu cesse de produire depuis 1978, date de naissance de la revue. Classés chronologiquement, les articles sélectionnés sont regroupés en six rubriques, qui vont de « Malheur aux peuples sans voix ! » à « L’exil et le retour » en passant par « Les médias et les intellectuels », « Francophonie, piège à cons », « Afrique, pompe à fric », « Dialogues avec le maître blanc ».

                                                      MongoBeti

Articles fort remuants, incisifs, instructifs, dérangeants, captivants à la vérité. Prenons celui-ci par exemple : « Conseils à un jeune écrivain francophone ou les quatre paradoxes de la francophonie ordinaire ». Plus qu’un article, il s’agit en réalité d’un discours que Mongo Beti prononça en avril 1981, à l’Université de Claramount en Californie.

Mais l’essentiel est ailleurs, dans ce que l’auteur nous dit de la destinée de l’écrivain francophone ordinaire. Que nous dit-il alors ?

« En premier lieu, (…) entraîne-toi à ne jamais traiter ce qui te tient le plus à cœur »[3].

Mais pourquoi ? Parce qu’on dénie à tout écrivain africain francophone d’évoquer dans ses œuvres tout ce qui a trait à son environnement mental ou existentiel. « Quel est le sujet qui brûle la plume d’un créateur africain francophone-en l’occurrence d’un romancier ? Eh bien, les drames traversés par son peuple ces dernières années. Drames terrifiants s’il en fut »[4] Or, voici que l’establishment intellectuel occidental et ses sous-fifres africains en charge des questions de production culturelles dressent partout où besoin est et de façon insidieuse des tabous thématiques.

Mais encore ?

« En deuxième lieu, je fis la confidence que voici à mon jeune interlocuteur pétri d’illusions : Ne t’attends point à être fêté, surtout si tu viens de publier »[5]

Car seuls sont au rendez-vous les boycotts des médias, la fuite des éditeurs et la présence discrète ou non des policiers, question de vous intimider. Point d’article dans les revues spécialisées, à moins d’avoir quelques accointances avec les habitués du sérail. Dur métier, indiscutablement.

« En troisième lieu(…) : Attends-toi à être le jeune écrivain africain, quel que soit ton âge.

En effet, les critiques de la francophonie, c’est-à-dire les critiques français, semblent ne pas savoir quoi faire de l’écrivain confirmé. C’est que tout se tient. Un peuple mineur peut-il avoir des écrivains majeurs ? Non, bien sûr. Ce serait une situation contraire à tous les principes du cartésianisme. Or, comme vous le savez, les peuples africains sont à jamais mineurs. »

Ce propos, malheureusement, repose sur une expérience vécue.

« Il y aura bientôt trente ans que je publie. Pourtant quand un média daigne m’envoyer un interviewer (cela arrive parfois quand même, sans garantie d’ailleurs de publication ou de programmation de l’interview ; il n’y a donc aucune contradiction avec ce que je disais en commençant), c’est comme par hasard toujours un très jeune homme, ou une très jeune femme, peu ou même point informés des problèmes de notre littérature. La conversation est si fastidieuse, les questions de mon interviewer si sottes que l’écoeurement ne tarde pas à me saisir. Me voici donc bien vite obligé de déclarer forfait et de renvoyer mon visiteur. » [6]

Enfin : « Attends-toi à mendier ta reconnaissance en tant que créateur auprès de ceux-là mêmes qui sont tes ennemis naturels »[7]

Mais pourquoi donc ?

« Nous sommes en effet toujours à demander aux éditeurs de l’ancien colonisateur de nous publier, à ses bibliothèques de nous inscrire sur ses fichiers, à ses libraires de vendre nos livres, à ses agents d’assurer notre promotion, à ses professeurs d’expliquer nos œuvres jusqu’en Afrique même, et surtout à ses critiques et à ses journaux de nous faire connaître en nous consacrant des articles, des recensions. Quel écrivain africain francophone n’a rêvé d’un article, fût-il un modeste écho, dans le Supplément Littéraire du Monde, le journal français le plus influent aussi bien en France qu’en Afrique ! Personnellement, je préfère me passer de ce privilège, que je tiens pour une faveur extrêmement compromettante ».

Mais encore ?

« Toute communauté qui ne s’est pas dotée d’institutions littéraires qui lui appartiennent en propre, qu’elle soit en mesure de contrôler à l’exclusion de tiers étrangers si bienveillants soient-ils, doit s’attendre à ce que ses écrivains se mettent d’une façon ou d’une autre au service d’organisations mieux pourvues, certes, mais en dernière analyse hostiles. Dans ce domaine-là, comme dans les autres, il n’y a pas de miracle »[8].

A bon écrivain africain francophone entendeur, salut !



[1] 1951 : publication de sa première nouvelle, Sans haine et sans amour, dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop

[2] A sa sortie, aux éditions François Maspéro, l’ouvrage est interdit par un arrêté du ministre de l’Intérieur français, Raymond Marcellin, sur la demande (suscitée par Jacques Foccart) du gouvernement camerounais.

[3] Beti (M), Africains si vous parliez, Paris, Homnisphères, 2005, p.111

[4] Id., ibid., p.111

[5] Id., ibid., p.113

[6] Id., ibid., p.115

[7] Id., ibid., p.116

[8] Id., ibid., p.116

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LE DEALER D’ IVOIRE.

2 Septembre 2011, 22:18pm

Pour Aminata et tous les autres.

 

 paysage12 case

 

                            Ne m’attends pas. Ne m’attends plus jamais, d’ailleurs. Il est midi et je t’écris de cette gêole où les caïmans côtoient les hyènes.  J’ai vraiment cru, au début, que j’étais l’objet d’hallucinations. J’ai cru qu’on m’avait drogué, jeté dans  un de ces comas où nul n’est jamais tout à fait inconscient, néanmoins. Je me disais moi aussi, que des caïmans parmi des hyènes, c’était incroyable, c’était impossible. Voilà pourquoi j’ai cru halluciner d’abord. Je dois te dire que dans ces cellules où nous suspendons aux vices aux virus nos vies nos pensées s’affolent très souvent. Elles débloquent, s’emballent plus que nos corps.

 

Ce qui m’intrigue tout de même je vais te le dire, entre nous. C’est que nous faisons tous le même rêve entre minuit et trois heures du matin. C’est l’heure où les caïmans et les hyènes sont entraînés loin de notre pénitencier. L’heure où ils ont faim, où l’on les sépare pour qu’il n’y ait pas ce carnage généralisé de l’année dernière. Les uns s’étaient jetés sur les autres, les ont déchirés le long des murs de la prison.

  crocodile

J’ai noté que plusieurs prisonniers paraissent alors soulagés et plus gais que d’ordinaire. Nous avons très souvent l’impression que les portes de la prison restent grandes ouvertes, qu’aucun maton n’est plus à son poste, et même que cette prison d’où je t’écris est un mauvais rêve, quand les caïmans et hyènes sont loin de nos murs. Un cauchemar qui s’est évanoui. Quand ils sont partis, il me semble souvent que nous seuls l’avions inventée dans nos têtes, cette prison, en regardant le ciel si bleu que nous en avons eu envie de le rougir un peu, pour l’emmerder, en nous transformant les uns les autres en caïmans et hyènes. Pourquoi, personne  n’a pu dire aux autres ici ce qu’il en sait. Personne. En tout cas dans notre rêve, commun, la nuit, un éléphant chenu s’arrache la défense gauche et la tend au directeur de la prison.

 

Le directeur est pris de panique, il se met à hurler, appelle au secours sa famille, qui jamais n’arrive, il court hurlant se cacher dans son bureau en nage, arme là-bas un fusil d’assaut dernier modèle et sort tirer en l’air des heures durant, voyant peut-être que l’éléphant a disparu entre-temps.

 

Ada Bessomo

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Regard de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique

8 Avril 2011, 17:27pm

C'est en août 2007 que Marc Mve Bekale publia cette analyse brûlante d'actualité.

mvebekale

 

Marc Mvé Bekale

 

Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar était un véritable poème en prose. Dominé par l’emploi de l’anaphore (répétition d’un même mot au début d’une série de vers, de phrases ou de paragraphes) pour en accentuer la tonalité lyrique, le propos s’est aussi déployé selon un schéma dialectique où chaque argument appelait un contre-argument en vue de parvenir à un certain équilibre. A la fin de la lecture (http://www.cellulefrancafrique.org/), on en sort quelque peu sonné, tant le discours semble relever d’une construction oxymorique. A titre d’illustration, la colonisation y apparaît comme un abominable crime dont les bienfaits ont « ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire ».

 

Cette stratégie de discours est surtout patente dans l’analyse consacrée au sous-développement du continent africain. Cherchant à en identifier les causes, le président français est allé au-delà des contingences historiques, de l’impact colonial et des phénomènes économiques pour y ajouter une dimension ontologique : le sous-développement serait lié à « l’être » même de « l'homme africain », resté enfermé dans l’état de nature. Au vu de cette situation, Sarkozy propose à l’Afrique de faire sa mue et de rompre avec l’immobilisme en répondant à l’appel de la Raison universelle européenne. Il s’agit là d’un impératif catégorique devant permettre au continent noir d’entrer enfin dans l’Histoire.

 

Qu’on le prenne dans son articulation ou sa substance, une bonne partie de ce texte semble avoir été inspirée par les idées de Hegel dans La raison dans l’histoire. On pourrait même parler de plagiat lorsqu’on compare les passages suivants :

 

« Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire […]. Jamais il ne s'élance vers l'avenir […]. Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout est écrit d'avance. […] Il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. » (Nicolas Sarkozy)

 

Ecoutons maintenant Hegel :

 

« [l’Afrique noire] repliée sur elle-même [n’a pas d’histoire]. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non-développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle ».  

 

En tenant compte des catégories hégéliennes de « l’esprit » (naturel, subjectif, absolu), il est clair que Sarkozy ravale les Africains au stade de « l’esprit naturel » lequel serait une manifestation primitive de la Raison universelle. Une telle posture n’est pas étonnante chez Nicolas Sarkozy. N’affirmait-il pas, lors d’une conversation avec Michel Onfray dans Philosophie Magazine (http://www.philomag.com), que certaines tares, telle la pédophilie ou la tendance suicidaire, sont innées, donc incurables ? Le sous-développement africain en ferait certainement partie.

 

Nous sommes ici confrontés à ce qu’Edouard Glissant voyait comme « une philosophie totalitaire de l’Histoire » (élaborée au 19ème siècle à partir des récits de voyages, des témoignages rapportés par des missionnaires, colons et aventuriers occidentaux) qui allait servir de terreau à l’idéologie raciste par la construction d’une image fantasmatique de l’Afrique. Cette idéologie hétérophobe et européocentriste occulta le fait que la « Raison » (au sens hégélien) s’est bel et bien manifestée en Afrique à travers de grandes civilisations et puissants empires.

 

Ne serait-ce que par son propos dans La raison dans l’histoire, dont on a tenté de le dédouaner en arguant que ce livre fut conçu à partir des notes de cours dans lesquelles la parole du philosophe aurait été déformée, les idées d’Hegel n’étaient pas de nature à donner une image flatteuse de l’homme noir. En les reprenant, même par un habile camouflage, on réactive indirectement un cliché raciste bien ancré : le sous-développement trouve sa cause première (ontologique) dans la nature de « l’homme africain », incapable de « s’élancer vers l’avenir [pour] la grande aventure humaine ». Passons sous silence les réussites extraordinaires de certains Africains sur le continent américain ou même européen et regardons, au-delà des stéréotypes, les contingents de clandestins qui viennent s’échouer aux frontières de l’Europe ou ces jeunes gens qui bravent tous les dangers et arrivent en France, tapis dans le train d’atterrissage des avions. Plus que la misère, le rêve constitue le moteur fondamental de ces actions héroïques. L’écrivaine sénégalaise Fatou Dioume l’a plus ou moins montré dans son roman Le ventre de l’Atlantique, où elle met en scène un jeune garçon qui voue un culte à un footballeur italien, devenu son idéal.

 

l’Afrique apparaît immobile à Sarkozy parce qu’il ne la voit qu’à travers le prisme négatif de la presse occidentale, où prédomine l’image d’un continent moribond, plongé dans les ténèbres. Sarkozy eût-il visité le cœur vivant des villes africaines qu’il aurait découvert des sociétés débordant de dynamisme, dont la Raison imaginative et inventive ne demande qu’à être encadrée par des hommes politiques probes.

 

Au sujet de l’Allemagne nazie, Nicolas Sarkozy faisait remarquer dans Philosophie Magazine : « Qu'un grand peuple démocratique participe par son vote à la folie nazie, c'est une énigme […]. Il y a là une part de mystère irréductible ». Ce raisonnement ne saurait valoir pour l’Afrique dont les maux sociaux, politiques et économiques sont assignés à une cause immanente à l’Africain. Pourtant, l’exemple de l’Allemagne montre à quel point l’homme, où qu’il se trouve et quelle que soit l’époque, est capable du meilleur (l’abbé Pierre ou Nelson Mandela) comme du pire (Hitler ou Pol Pot). Des écrivains tels que Dostoïevski et Joseph Conrad ont bien traduit cette réalité. A ce titre, Au cœur des ténèbres reste un exemple édifiant. L’Occident a souvent fait une lecture réductrice de ce récit en associant les « ténèbres » au continent africain, alors qu’il s’agissait d’une métaphore bien plus complexe, en lien avec l’entreprise coloniale dont Conrad stigmatisait les contradictions et les effets pervers,  qui renvoyait d’abord à la substance même de l’âme humaine. Ainsi Dostoïevski, dans Les frères Karamazov, s’étonnait-il que l’homme (« un animal aussi féroce et méchant ») ait pu inventer l’idée de Dieu tant celle-ci, sacrée, est mise à mal par l’industrie de la violence dont il s’est rendu coupable tout au long de l’histoire. Le fait est que l’homme, comme le pensait Descartes (« Je suis comme un être écartelé, une corde tendue entre le suprême être et le non-être ») semble pris dans une tension vertigineuse, qui en fait une créature insaisissable. On peut alors penser que la part négative de l’essence humaine donne lieu en Afrique à des régimes politiques quasi-nihilistes, qui condamnent les populations à une insupportable misère.  L’Europe a connu pareille histoire pendant des siècles, avant l’explosion de 1789. 

 

Sarkozy et le portrait du colonisé (commentaire de texte)

 

Les colons européens « ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale ». Une telle affirmation ressortit à une vision fantasmatique car, au regard de réalité, les cultures africaines (langues, pratiques ancestrales, savoirs médicinaux) ont su résister à l’impact colonial.

Porté par un élan altruiste, le président français poursuit : en Afrique, les colons européens « ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être sûr de son identité, de ses valeurs, ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé a fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir». De cette psychanalyse se dégage l’image d’un Africain irrémédiablement aliéné, jaloux du Blanc qu’il hait, étouffé par un pénible complexe d’infériorité. En un mot, le colonisé est une créature déséquilibrée, un monstre de type Frankenstein crée par le maître européen. Il est un malade mental. Aliénation culturelle et sous-développement économique apparaissent alors consubstantiels.

  

Sans doute les conseillers de Sarkozy, pour dresser ce portrait psychologique et métaphysique du colonisé, ont-ils puisé autant chez Albert Memmi (Portrait du colonisé) que chez Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs), quand bien même les travaux contemporains ont souligné les limites de leurs analyses. Tout se passe comme si la « blessure coloniale », insurmontable, était inscrite à jamais dans la personnalité du Noir et l’enfermait dans un déterminisme implacable.

 

 « Je veux dire à la jeunesse africaine que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme blanc. » Décryptons ce vocabulaire lourd de sous-entendus malheureux, à commencer par l’entité métaphysique appelée « âme » dont l’existence n’a jamais été rationnellement prouvée. L’âme n’a rien avoir avec la logique ou la raison qui, elles, trouvent leur origine dans le cerveau humain. Notons aussi que la comparaison dit implicitement la supériorité de l’homme blanc dont la logique et la raison sont visibles à travers sa civilisation. En revanche, les drames auxquels l’Afrique se trouve confrontée constituent la preuve d’un déficit de logique et de Raison universelle par laquelle on entre dans l’Histoire.

 

Après avoir signalé à la jeunesse africaine à quel point la colonisation a abîmé sa culture, voilà que, dans sa conclusion, Sarkozy conseille à cette même jeunesse de se construire « en puisant dans l’imaginaire africain que t’ont légué tes ancêtres… ».

 

« Je suis venu te dire que tu n’as pas à avoir honte des valeurs de ta civilisation [cela suppose que ces valeurs contiendraient quelque chose de méprisable qu’il conviendrait de transcender], qu’elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l’aplatissement du monde ». La contradiction devient effarante lorsqu’on sait que Sarkozy a stigmatisé cet héritage quelques minutes plutôt : « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire […]. Jamais il ne s'élance vers l'avenir. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit des saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que le temps rythmé par l’éternel recommencement, par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » Ici, l’orateur tente de circonscrire malicieusement son propos au cas du paysan africain. Mais le lecteur n’est pas dupe. Il y a décelé une litote par euphémisme, une circonlocution qui sous-entend que le paysan incarne la figure du primitif à l’heure d’Internet. Il représente une figure allégorique, dépositaire d’un « imaginaire où tout recommence toujours. Il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne [entendu le Blanc occidental, parce que sa Raison le pousse à réfléchir sur son devenir] mais il reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout est écrit d'avance. Jamais il ne s’élance vers l’avenir. Jamais l’idée ne lui vient de sortir de la répétition pour s’inventer un destin […] Il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. »

 

A certains moments, Sarkozy perçoit l’Afrique à l’aune de l’idéal de la Négritude « qui vivait trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance ». Une telle critique était souvent adressée à Senghor, cité abondamment dans le discours de Dakar. En somme, les prises de position virulentes contre la négritude senghorienne indiquent que les Africains n’ont jamais été unanimes quant à leur conception du passé et dans la manière de vivre leur histoire.

 

La jeunesse africaine doit répondre à l’appel des valeurs européennes que sont « la liberté, l’émancipation et la justice […] la raison et la conscience universelles. » Si ces valeurs ont été brevetées par l’homme blanc, comment alors expliquer cette mémorable déclaration de Nelson Mandela : « Toute ma vie durant, je me suis dévoué à la lutte [pour l’émancipation] du peuple africain. J’ai combattu le pouvoir blanc, j’ai combattu le pouvoir noir. J’ai toujours porté en moi l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tous les hommes puissent vivre en harmonie jouissant des mêmes droits. C’est un idéal pour lequel je compte vivre et que j’entends réaliser. Et au pire des cas, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

 

Sarkozy conclut son harangue en demandant à la jeunesse si elle veut être respectée, si elle veut la démocratie, la liberté, la justice, le droit. Le lendemain, il rend visite à un des plus anciens autocrates du monde : Omar Bongo.  Est-il étonnant que la France, du Togo en Côte d’Ivoire, soit devenue si impopulaire auprès de la jeunesse africaine ?

 

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Marc Mve Bekale : la mémoire est pour moi un jeu d’écriture

17 Mars 2011, 20:04pm

 

mvebekale

 

Marc Mve Bekale est aujourd'hui un écrivain, essayiste prolixe au regard dense, qui se démarque par une quête constante de liberté. Il y a huit ans, à l'entame de son chemin d'auteur...

 

Vous commencez votre parcours d'écrivain par un essai portant sur l'herméneutique fang, ce n'est pas courant…

 

Marc Mvé Bekale : je tiens à recadrer la question. Mon premier livre ne porte pas sur une herméneutique globale de la culture fang (peuple d’Afrique centrale que l’on rencontre au Cameroun, au Gabon et en Guinée-Equatoriale). J’ai d’abord cherché à sortir de l’oubli une œuvre fascinante, celle de Pierre-Claver Zeng, dont j’ai véritablement découvert la splendeur en Europe. La particularité de ce travail réside dans l’approche, car j’ai essayé d’arracher le chant de Pierre-Claver Zeng à la vision « folkloriste » souvent d’inspiration ethnologique, courant dans l’interprétation de la littérature traditionnelle africaine, pour l’examiner dans son rapport avec l’ontologie du peuple fang. Zeng a réussi à dire l’essence de l’homme fang en s’appuyant sur ce qui révèle mieux l’Être : le verbe. La poésie de Zeng est géniale. Elle est portée à la fois par une impulsion orphique et prométhéenne. Orphique parce qu’elle chante la beauté du monde dans une langue inspirée. A d’autres moments, le chant de Zeng est une épopée révolutionnaire, ce qui le rattache au mythe prométhéen dans la volonté de lutter contre les forces supérieures (divines, sociales et politiques) qui écrasent l’individu. J’ai examiné ce chant sur un double aspect : la structure thématique et la structure prosodique. Le travail était une approche inaugurale qui appelle nécessairement des analyses plus exhaustives.

 

Avez-vous craint que l'approche même de votre travail ne le ferme déjà à d'autres que natifs de la culture fang ?

 

MMB : en aucune façon ! Tout en donnant de la  substance, de l’épaisseur à la notion d’africanité, mon travail est davantage une ouverture vers l’autre. J’ai quelque peu voulu sortir Zeng du « sanctuaire fang » pour le révéler au monde. L’herméneutique devient de ce fait un partage, un rite de célébration, un voyage menant à la découverte d’un petit coin de l’âme fang. Il a fallu néanmoins recourir à toute une armada théorique pour montrer l’extraordinaire travail de création que déploie Zeng. En outre, je propose une traduction des chants à la fin du livre. Ce qui confirme l’idée de partage. Beaucoup de lecteurs l’ont ressenti et me l’ont dit.

 

Quelle fut la réception de cet essai ?

 

MMB : l’essai porte sur une langue peu connue. Ceux qui l’ont lu, pour la plupart des universitaires, ont apprécié l’entreprise. Je crois que ce genre d’ouvrage est beaucoup plus pour la postérité. La poésie de Zeng est un lieu de mémoire. Et en la consignant par écrit, j’ai voulu l’inscrire, comme je l’indique dans l’introduction de mon livre, dans la permanence qu’offre la trace écrite. Au Gabon, les langues nationales sont prises comme option dans les collèges. Je crois que cet ouvrage pourrait être un bon support pour les élèves qui auraient choisi d’apprendre le fang.

 

Le roman Les limbes de l'enfer expose, parmi d'autres, le thème de la mémoire. Vous le traitez à partir de la culture fang, cela vous a-t-il apporté un regard nouveau sur la question?

 

MMB : le regard d’un « creative writer » n’est jamais figé, du moins c’est ce que je soupçonne. Il est inventif et plein de fantaisies. La mémoire en question est davantage imaginaire, parfois créée de toutes pièces, voire fantasmée. Il ne s’agit pas de la mémoire telle qu’elle est transcrite chez des auteurs comme Chinua Achebe ou Ayi Kwei Armah. Ma fictionnalisation de la mémoire est plus proche de la stratégie d’appropriation à la Toni Morrison. Sauf à des rares exceptions, je crois surtout que la mémoire est pour moi un jeu d’écriture : je m’amuse surtout avec les personnages de l’épopée fang de la même façon que je détourne les proverbes, les contes, les légendes fang (je m’en sers comme insert diégétique), leur donnent un sens délocalisé, donc personnel. L’appropriation de la mémoire se fait non seulement sur l’histoire fang, mais aussi à partir de la construction des versions imaginaires (détournement de l’histoire officielle) des grands événements ou réalisations du passé (cf. l’histoire d’Ogodong Ulysse sur le Château de Versailles ou sa version de la guerre d’Indochine, etc.) En un sens, j’essaie de faire parler ce que Paul Ricoeur appelle la « mémoire empêchée », qui prend parfois la forme du récit fantastique. Les histoires s’emboîtent ainsi dans Les Limbes de l’enfer, parce que l’écriture est d’abord une activité ludique. Enfin, je dirai qu’il y a peut-être une autre explication à ce jeu : si la mémoire africaine (fang dans mon cas) doit être préservée, comment puis-je le faire en usant d’une langue étrangère ? Etant donné que cela me semble impossible, alors autant jouer. Je tiens cependant à rassurer les Africains. J’ai actuellement en chantier un recueil de proverbes, de contes et légendes en version trilingue (fang-français-anglais). Ce recueil sera ma contribution à la transmission de l’héritage.

 

Le livre propose aussi la ronde des générations africaines autour de la mémoire. La question de la transmission vous est-elle si chère ?

 

MMB : on dirait que je viens de répondre à cette question. Je ne crois pas pouvoir transmettre le monde fang par des récits fictifs en langue française. Je refuse l’illusion de la négritude. Sur la question de l’héritage, je suis irréductiblement essentialiste. C’est pour cela que j’ai plusieurs registres de travail. C’est aussi pour cela que j’ai opté, dans le cadre de la transmission du petit héritage dont je suis dépositaire, pour le trilinguisme. Le roman est un espace de la parole recréée, un moyen d’expression plus individuelle. J’y rêve en réinventant le passé. J’y dis parfois mes frustrations et mes colères. J’y mène des procès et des combats. Je crois que mon orientation tend davantage vers une synthèse entre le radicalisme des écrivains comme Richard Wright, Ayi Kwei Armah et le réalisme magique de Toni Morrison. Vu l’état actuel du continent africain, peut-être devrions-nous nous servir de l’écriture comme d’un « glaive magique ». Je crois que l’une des dimensions de mon projet littéraire est contenue dans les mots d’un personnage au nom d’Al, qui veut écrire le roman « des droits de l’homme », et du « coup de poing » sans sacrifier à la magie du monde africain.

 

Relire le monde par le prisme des cultures africaines est également présent dans les Limbes de l'enfer. Je parle bien des cultures africaines.

 

MMB : votre question renvoie sans doute à la première partie de mon roman : « Echos troubles des limbes ». Tout regard sur les choses se fait sous la médiation de ce que Charles Johnson appelle « Lifeworld », terme qu’il emprunte à Husserl. Le fils interroge le père sur le mystère de « l’immortalité », présent dans l’épopée fang. La réponse appelle une périlleuse traversée de l’Afrique, un peu comme dans Ten Thousand Seasons d’Armah. Les versions de la migration du peuple fang et de ses mythes vont s’affronter. Il y a celle des conteurs anciens et celle laissée par un explorateur français, Père Colombey. Chaque version obéit bien sûr à un prisme.

 

 

Propos recueillis par Ada Bessomo

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Le choix de la prière

11 Mars 2011, 20:51pm

ndarylo

 

 

La préoccupation d'un homme, le leitmotiv d'un chantre, le thème d'un artiste : des gens en prière. Mais sont-ils vraiment en prière? Tout l'indique en tout cas, ou du moins le laisse penser.

 

A genoux, le buste droit ou légèrement penché en arrière, les bras levés vers le ciel ou face à soi, les créatures de Ndary Lo sont de fer, de bouts de fer pour être précis. Anthropomorphes, rien chez ces "êtres" n'autorise à voir en eux des hommes ou des femmes. Par la taille, les dimensions, on devine des adultes (quand on ne parle pas tout simplement de géant). Comme si l'artiste n'avait voulu évoquer que l'essentiel, on n'a sous les yeux que des charpentes, des squelettes, arrêtées dans une attitude-standard et humainement attribuée à l'univers du religieux. Ndary Lo est allé au fondamental.

 

Pour qui a longtemps frayé avec l'Eglise apostolique romaine, et qui connaît ses us et coutumes, la posture de ces "êtres" de fer ne s'embarrasse d'aucune équivoque. Autant dire que tout est clair, limpide. Du moins en apparence, car ici la pose de ces "êtres" de fer exprime certes un moment de prière, et même de supplication, mais est-ce tout?

 

Dans la longue histoire de la production artistique négro-africaine, la question du religieux aura toujours occupé une place d'importance. Dans ce qu'il est convenu d'appeler l'art traditionnel négro-africain, une bonne part de celui-ci ne vit le jour qu'à cause des besoins exigés par une certaine pratique cultuelle. Les Nommo aux bras levés des Dogon, les statuettes Blolo bla des Baoulé, byeri des Fang et nkonde des Vili en sont les exemples les plus illustratifs.

 

Médiateurs entre le monde visible et l'au-delà, ou entre le ciel et la terre pour emprunter à la terminologie chrétienne, ces objets d'art ont d'abord et surtout été fonctionnels. Tout comme sont encore "fonctionnelles" de nos jours les réalisations sculpturales de nombre d'artistes Africains contemporains. Comme au Moyen- Age chrétien occidental, où l'éducation religieuse de la masse, parce qu'elle ne savait pas lire, passait par une représentation visuelle des scènes principales de la Bible, les Africains chrétiens, à leur tour, firent leur cette conception des choses. Et les résultats en furent heureux.echographie

 

Au Gabon par exemple se dresse une merveille architecturale, une église "populaire", Saint Michel, dont les cinquante colonnes sculptées par Zéphirin Lendogno racontent l'Ancien et le Nouveau Testament. Le père Mveng, au Cameroun, et à travers toute l'Afrique où ses nombreux voyages le portèrent, n'a eu cesse de soutenir et d'encourager ce type d'art sous toutes ses formes. Et comment ne pas évoquer, pour le Sénégal, la vierge à l'enfant de Laurent Ndong; vierge à l'enfant : ce thème qui se moule si parfaitement dans le diversité des maternités exprimés dans l'art traditionnel négro-africain, parce que son pendant - la mère à l'enfant - aura indubitablement préparé les esprits.

 

Dans ce sillage, ou plutôt en rupture avec lui, émerge Ndary Lo. Mais la position de l'artiste est moins fixe, donc moins sûre, que celle de ces "êtres" en prière. Car où le placer? Est-il le continuateur de ces artistes qui ont consacré leur savoir-faire à la louange de Christ, ou plutôt un contempteur dans la lignée de ceux que Jean-Godefroy Bidima classe dans "l'art négro-africain des marges"? L'un et l'autre, peut-être.

 

Car sur la thématique - le religieux - Ndary Lo n'innove pas. Certes, sa perspective est autre, et rien de ce qu'il a produit ne s'apparente directement aux réalisations de ses devanciers africains. Cependant, l'on ne pourrait faire l'impasse sur un certain air de famille entre ces "êtres" de fer en prière et la production missionnaire africaine, plus vieille dans le temps. On se référera à l'ouvrage de Pierre Gaudibert, L'Art contemporain africain (1994), qui fourmille d'illustrations relatives à cet art missionnaire, pour en mieux percevoir le lien, l'union, l'unité thématique avec les réalisations de Ndary Lo.

 

Lesquelles réalisations s'arrachent du schéma constant et longtemps repéré dans la sculpture africaine: celui de la structure dite fermée, et qui ne permet pas d'ouvrir trop amplement les bras et les jambes. Ndary Lo nous présente ses hommes (ou ses femmes) les bras levés, les genoux en équerre et écartés, le buste et la tête passablement inclinés: c'est la déconstruction du faire ancien. Parce qu'il s'en écarte, notre artiste fait bande à part, joue en solo, ne veut rien devoir à l'art traditionnel. Il a cherché et trouvé sa voie, seul.

 

Solitude qui ne pouvait que rejaillir sur ses "êtres" de fer: On le voit bien, à beau les installer les uns à côté des autres, ces créatures en prière sont résolument seules. Et il n'aurait pu en être autrement, s'il est bel et bien admis que ces "êtres" de fer sont en train de prier ou de supplier. La relation avec le Très-Haut, ainsi que l'enseignent tous les catéchismes connus, est avant tout une entreprise intime, personnelle, solitaire. Elle ne saurait fondamentalement se vivre à plusieurs. Le voisinage géographique de ces créatures en prière, lors des expositions ou des séances photographiques, ne doit donc pas faire illusion. Elles sont et seront toujours seules, figées à vie dans cette noble pose, la pose de ceux qui s'adressent humblement - parce qu'à genoux - à Dieu, pour quémander, rendre grâce, se confesser, dire merci…

 

Et ceux qui s'adressent à Dieu debout? Ils ne sont pas moins humbles. Plus que la posture, c'est certainement l'échange avec son Créateur qui importe. C'est ce que semblent avoir compris ces autres créatures de fer de Ndary Lo, qui se sont dressées de tout leur long, les bras largement ouverts, comme pour recevoir l'immensité d'un don qui vient. Mais pourquoi ces haillons? Simple élément décoratif? Autorisons-nous un doute. Ces hardes peuvent être considérées comme des objets-signes. Objets, car elles sont composées d'un ensemble hétéroclite de vieux tissus bariolés, de sachets déchirés, de laine effilochée, de ficelles racornies et de bouts de bande à panser. Signes, car elles traduisent la pauvreté, la misère, la souffrance de leur porteur; elles indiquent de fait son état social : c'est un pauvre hère. Un loqueteux qui n'a rien, et dont l'ultime secours ne peut provenir que du Très-Haut. N'ayant rien reçu ici-bas, l'"être" de fer se tourne vers le ciel, implorant (et peut-être même larmoyant), afin de recevoir ce que seul le ciel justement dispense dans ces moments-là.

 

Mais que comprendre de tout cela? Peut-être que seuls les pauvres, les misérables prient, que seuls les nécessiteux mendient. Au vrai, seul celui qui n'a rien aspire à posséder, à jouir, à obtenir ne fut-ce que le minimum vital. Le pauvre est celui qui toujours va vers un mieux-être. En tout cas il aspire à cela. Et quand humainement rien n'y fait, Dieu reste son dernier recours, pour peu qu'il soit croyant. Lui seul donne le réconfort, lui seul peut changer le cours d'une vie, lui seul accorde des faveurs insoupçonnées.

 

 

Ndary Lo le conçoit peut-être ainsi, eu égard à la récurrence dans sa production de ces "êtres" en prière. La prière, passage important pour qui sollicite le concours de Dieu, ou pour qui lui rend hommage. Un souvenir: en 1990, lors du mondial de football tenu en Italie, l'international Camerounais Roger Milla, après chaque but inscrit, fonçait exécuter, comme un rite, quelques pas de danse devant le poteau de corner, puis il tombait à genoux, bras dressés, le regard porté vers le haut, comme pour remercier le Très-Haut de ses abondances. Indubitablement, les "êtres" de fer de Ndary Lo ne sauraient nous faire penser à autre chose qu'à des gens qui prient ou qui rendent grâce. Et si c'était là le moyen par l'artiste trouvé pour personnellement rendre grâce? Dans l'univers de l'art, disons que toutes les stratégies sont permises.

 

 

 

 

R. Ndong

 

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LA LUNE N’A PAS TOUJOURS PLEURE

5 Mars 2011, 01:31am

 

Palmier        

 

Les étoiles l'ont jusque là toujours enviée, et même jalousée. Les murmures chevauchaient les nues et prétendaient que sans cette rondeur, sans sa belle circonférence, ses atours pâliraient sans aucun doute.

 

On chuchote encore qu’une nuit terre et ciel virent surpris une demi-lune comme d’habitude en ronde dans l’espace : fêlée, blessée, mais hiératique comme jamais. Seulement, en fille raisonnée qu’elle est, Lune résolvait certaines nuits de panser ses plaies. Plutôt que sa rondeur lumineuse, l’espace puis le temps rencontrent les ombres et les hommes connaissent même la nuit noire. Ciel et Terre inventent depuis des beautés bien pâles comparées à la lune alors restée chez elle soigner sa santé.

 

On peut craindre que ces faits n'engendrent nostalgie en ceux qui savent vite se troubler de culpabilité ou s’apaiser aidés de la fatalité. L’inconnu seul réussit à persuader qu’on a manqué ses plaisirs, ses paradis, par la faute des autres. Les hommes n’apprennent pas qu’ils sont maîtres de leur destin. C’est ailleurs là-bas, très loin, aux nues qu’ils cherchent la mère de leurs malheurs. Faut-il donc que cette lune ne leur ait pardonné pour poursuivre ainsi sa bouderie ! Les contenir parmi ces ombres, dans cette nuit qui dure, qui dure !

 

Voici cinquante ans, en Afrique, des Etats s’érigeaient en lieu et place des colonies françaises, anglaises, portugaises.

 

Une manière de mesurer le temps dans l’Afrique ancienne associait son cours au rythme de l’effort personnel. Les Beti, le rameau camerounais du peuple Fang, avaient accompli un cycle quand arrivait la saison sèche, saison des cultures et moissons. Une année avait passé. Ils continuent pour certains, c’est vrai rares aujourd’hui, de consigner l’avancement de leurs jours en Biseb, pluriel de éseb, la saison sèche.

 

La cadence des jours faisait donc que, à cinquante biseb, vous pouviez, sans que cela interroge quelque politique démographique ou sociale, être devenu grand-père ou grand-mère. Ceci et bien d’autres mobiles vous avaient introduit au monde des femmes, des hommes accomplis. On disait de vous que vous étiez Nya mor mvia.

 

Ces temps qui portaient d’autres valeurs, d’autres codes, nous évoquent-ils la lune blessée ( par qui donc, au juste ?) éteignant son phare sur le monde ? Les Afriques des cinquante ans jouent aux armes de mort, attisent les dictatures et ravivent toutes sortes d'autres souffrances. Une seule voie l’attend, selon  certains : l’impasse.

 

Trois, quatre siècles auront  juste suffi à éponger des esprits les prédictions alors déjà trompeuses sur les Afriques. Pour ne pas leur substituer, trop injuste sinon, le moindre avis encourageant.

 

La sagesse fang-beti recommande de toujours se garder de l’avis que les yeux livrent : ils sont si peureux ! Ceci marque la préférence des nomades de la forêt pour l’action. Si vous envisagez, en effet, le défi lancé par la forêt avant de le relever, peu s’en faudra que vous rebroussiez chemin, effrayé.

 

L’impressionnante tâche étalée devant nos regards pourrait beaucoup devoir à ce que  la politique subordonne tout à son contrôle en Afrique jusqu’ici. Et la politique ne recruta pas les fils de l’Afrique les plus sages. Et nombre d’occasions de galvaniser le talent, la compétence, l’exigence s’en sont allées, obscurcies par la bêtise et l’immodestie.

 

Peu de ces errements engage pourtant à prendre la pose dépitée, celle du découragé pour toutes excellentes raisons. Juste est-il de donner encore davantage d’entrain à cette action commandant seule la réflexion généreuse, la réflexion fructueuse.

 

La culture par exemple a très peu été animée en Afrique depuis les indépendances. Entendons par culture l’expression la plus large et la moins sclérosée des  donnés mentaux d’une collectivité. La contagion par les cultures prépondérantes engendre des variations de comportements chez les plus «  fragiles ». Un Africain de trente ans et moins a peu de chances de penser que la seule voie de succès est d’abord collective et qu’il serait en certaine mesure aussi responsable du sort de son pays, lorsqu’il choisit de ne plus y penser, que l’homme politique qui n’a de cesse d’être, lui, à protéger ses avoirs volés en Suisse. Un Africain né après indépendances risque peu de se convaincre que tous les savoirs sont indispensables dans leur complémentarité, leur globalité à qui pense, certes à raison, que la tâche n’est pas sinécure en Afrique…

 

La saison sèche est aussi saison pendant laquelle les hommes paysans de chez moi ménagent dans la forêt, sans abattre les arbres comme pour un champ de semailles, des espaces qui accueilleront les jeunes pousses de bananiers. L’ombre et le soleil les mèneront à maturité plus lentement, et tout aussi sûrement que les semis portés à mûrir en trois mois.

 

C’est cette forêt que la lune boude toujours les nuits sans lune, parce qu’on la fendit de moitié ( qui donc, enfin ?), qui sait à ce point travailler à l’avenir des hommes et femmes qui l’habitent.

 

La réalité n’a pas la simplicité d’un conte que les étoiles racontent à leurs enfants et à leurs petits-enfants, afin de leur enseigner comment être plus belles les nuits obscures. Lune qu’elles envient, même ravalée par sa moitié, réduite des trois quarts.

 

Les hommes, eux, en ont gardé le dicton qui veut que la lune n’a pas toujours pleuré.

 

Ils ne s’accordent toujours pas sur le sens à lui donner.

 

 

Ada BESSOMO

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Patrick Noah en afromusiques

18 Octobre 2010, 15:30pm

noah patrick200Ngaoundéré, 1990. Un lycéen de première C, fondu des mathématiques, tombe malade. Gravement. Il lui faut sans tarder rejoindre le Centre du pays, le petit bourg dans lequel il a grandi, afin de se faire soigner auprès de son premier médecin, sa mère.

Là-bas, à Nkometou, les semaines s’étirent bientôt, sans fin, sans changement notable dans la santé du jeune Patrick. Tout au contraire : voici deux mois déjà que l’adolescent est « descendu » là, et cette absence pourrait lui causer bien du tort à son examen de fin d’année, le probatoire, si jamais elle se prolongeait. Il ne faudrait pas qu’elle dure davantage. Les médecins ont bien diagnostiqué le mal qui mine Patrick, ils lui ont bien prodigué et médicaments et attentions, mais rien n’y fait : le jeune garçon a plutôt l’air de se mourir encore plus, malgré les veilles incessantes de sa mère, Técla, et malgré cette guitare qui ne le quitte pas depuis son arrivée dans cet hôpital. Pour ses seize ans, l’année précédente, Técla a fait très fort. Elle lui a offert cette guitare. Dont il joue comme pour chasser la maladie. Les standards de zouk qu’il affectionne sont enfin à portée des doigts de Patrick. C’est le temps de la splendeur des musiques antillaises au Cameroun. Les ados de sa génération se forgent une sensibilité grâce à ces rythmes langoureux et suaves. A Nkometou, quelques années en arrière, un groupe de musiciens a fait parler de lui au niveau national. Son leader s’appelait Guy Noah Essimi. Mais Patrick est toujours au plus mal. Alors, de guerre lasse, sa mère lui donne à boire une décoction d’herbes, une de ces recettes que les aïeux ont chaque fois prodiguées en cas d’hépatite. Et Patrick de se porter mieux pour de vrai, de pouvoir enfin se lever, pour jouer encore plus de sa guitare, et repartir pour Ngaoundéré, où l’attendent ses exercices de maths et la décision de devenir plus tard pharmacien. Pharmacien, parce que l’Afrique est peut-être un héritage inestimable de connaissances qu’il faudrait préserver et même penser à améliorer.



Aujourd’hui, Patrick Noah est pharmacien d’industrie devenu. Arrivé à Grenoble en 1993, il fonde immédiatement un groupe de musiciens, avec lequel il écume les scènes de la région, tout à ses études de Pharmacie. Le jeune homme a alors tout juste vingt ans, un appétit sans limites de musiques, qu’elles s’appellent Jazz, Bossa, Soul, Makossa, ou même Bikutsi. A Grenoble, des compatriotes mordus de musiques l’entraînent sur les terres qu’il souhaite connaître en profondeur. C’est de jouer, de jouer seulement que Patrick rêve. Du moment que cela vient d’Afrique, alors tout va. Son jeu de guitare est affiné, subtil, son chant enjoué, enthousiaste, énergique, ses compositions enlevées.

 

En février 2003, avec le collectif de musiciens qu’il a créé, « Akum Be Tara », ou héritage des aïeux, il sort un maxi cinq titres nommé « Dzal », le Village. Très dansant, très soigné, sans programmation aucune, dans lequel rien n’est laissé à la facilité. Le natif de Yaoundé y décline une identité musicale très forte. On est séduit par les fusions qui traversent chaque titre du disque. Le reggae épouse la bossa, la guitare zaïroise embrasse la basse aux lignes mélodiques jazzy, le flamenco voisine avec la samba et le makossa. Le bikutsi, instrumental, est en qualité d’arrangements parmi les meilleurs des dix dernières années, avec en découverte Joël Mbarga, guitariste et bassiste qui ne devrait pas demeurer longtemps inconnu du grand public. Patrick Noah nomme cela l’afromusiques. L’accueil du maxi cinq titres est enthousiaste au Cameroun. Michèle Ngoumou en fait tout de suite le générique de son émission à la radio. En France, où il vit, les impressions sont tout autant encourageantes. Le Festival Nuits métissées, en Vendée, qui l’a promu tête d’affiche de l’édition de cette année, le 23 août, se nomme dorénavant Festival des afromusiques. Patrick Noah ne mord pas au concept de World Music, en effet. Une démarche définie pour lui d’abord par l’hégémonie des grandes maisons de production sur les artistes. L’afromusiques, qu’il entend proposer au public, se fonde sur l’idée d’un patrimoine commun, d’un héritage ancestral à partager par tous ceux qui, de près ou de loin, se réclament de l’Afrique.

 

Homme de scène confirmé, Patrick Noah entre dans le gotha des musiciens africains muni de sérieux atouts. Exigeant dans ses compositions, curieux des autres musiques qui l’entourent, ses textes parlent des parents qu’il faut honorer, des tracas du chômage des jeunes, de la joie qu’il faut lutter à conserver envers et contre les déboires quotidiens…

 

Depuis, avec le Septeto araison de Cuba, un album mature, aux compositions aussi dépouillées que racées, est dans les bacs.  Saperia, est son titre. Titre hommage à sa grand-mère Xaverie, il apporte confirmation que Patrick Noah appartient au club très serré des musiciens les plus déroutants que le Cameroun possède. Les afromusiques s’en donnent cette fois à cœur joie, mêlant avec brio et subtilité son et bikutsi, par exemple. Avec d’autres Macase et Simon Nwambeben, alias Le pélican, c’est la génération des années soixante-dix qui ainsi fait une entrée remarquée dans le monde des artistes camerounais du plus haut étage. On le verrait bien volontiers sur les scènes du monde distiller plus souvent ses afromusiques pour le régal de tous. Ce qui ne saurait tarder.

 

Ada Bessomo.

 

Article paru à www.cameroon-info.net en 2003.

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